Lieux

 

Terres d’origine

 

Quoique revendiquant ses origines populaires, Charles Péguy n’alla jamais sur la terre natale de sa grand-mère maternelle, née « dans un pays qui se trouve en remontant la Loire, à Gennetines, du côté de Moulins, dans le Bourbonnais » (OPC, t. I, p. 147). La description qu’il donne de l’Allier dans Pierre ne s’appuie donc que sur la mémoire familiale.

Pas plus ne pénétra-t-il en forêt d’Orléans, d’où proviennent ses ancêtres paternels et son patronyme. Mais Péguy rend un vibrant hommage à ses « tenaces aïeux, paysans, vignerons, les vieux hommes de Vennecy et de Saint-Jean, et de Chécy et de Bou et de Mardié, les patients aïeux qui sur les arbres et les buissons de la forêt d’Orléans et sur les sables de la Loire conquirent tant d’arpents de bonne vigne » (OPC, t. III, p. 168-169).

Péguy fut élevé à Orléans par sa grand-mère et sa mère, dans un « intérieur de famille » qu’il décrit ainsi dans une rédaction du 26 mai 1882 : « Je suis très heureux dans ce milieu, aussi je ne voudrais point le quitter, c’est pourquoi les voyages un peu longs me déplaisent même quand ils sont agréables. » Faisons la part du convenu dans cette affirmation, qui conforterait, autrement, l’image d’un Péguy casanier. Le petit Charles entend seulement, ici, célébrer la maison natale du faubourg Bourgogne, qui fera l’objet de l’une des plus longues descriptions de l’œuvre de Péguy (OPC, t. I, p. 170-182), prose et vers confondus. Ce faubourg est un gros bourg agricole en marge de la ville, et c’est par lui que Jeanne fit en 1429 son entrée dans Orléans ; la précision a marqué le jeune Péguy, amené à méditer la vie de la libératrice de la ville, qui allait inspirer une bonne part de son œuvre poétique et dramatique. De la Loire se souvint beaucoup la Meuse du drame Jeanne d’Arc, « Meuse endormeuse et douce à mon enfance » (OPD, p. 457).

Que reste-t-il de Péguy à Orléans ? Une plaque commémorative remplace la maison natale de l’écrivain du 50, faubourg Bourgogne, démolie ; dans la chapelle de sainte Jeanne-d’Arc, au cloître de Saint-Aignan, une plaque rappelle que Péguy y fut baptisé, et son nom figure sur la liste des paroissiens morts pour la France ; la maison du 2 bis, rue de Bourgogne rappelle au passant que c’est là que Péguy écrit en 1895-1896 sa Jeanne d’Arc ; rue Jeanne-d’Arc, dans l’ancien lycée d’Orléans, une autre plaque mentionne le lieutenant Péguy dans les combattants de 1914-1918 ; enfin, le Centre Charles-Péguy s’est fixé en 1964 au 11, rue du Tabour et conserve, entre autres archives précieuses, presque tous les manuscrits de l’écrivain.

Comme Jeanne d’Arc, Péguy – qui prit parfois le pseudonyme transparent de Pierre Deloire – quitte la Loire et gagne « les pays de la Seine » (OPD, p. 186), tout en restant lié à ce qu’il appelle son pays : « un lieu dans le temps pour ainsi dire, un temps où vous situer, un temps où vous soyez homme, citoyen, soldat, père, électeur, contribuable, auteur, toutes les inévitables, toutes les irréparables, toutes les sacrées sottises » (OPC, t. III, p. 1170).

 

Lieux d’étude

 

Péguy réside en 1891-1893 au lycée Lakanal de Sceaux, monument laïc de la Troisième République triomphante, aux bâtiments en pierres de taille tout neufs, aux salles somptueuses, doté d’un parc aux arbres centenaires. « Frais débarqués à Lakanal, pauvres petits garçons des provinces départementales françaises » (OPC, t. II, p. 371), Péguy et ses camarades internes (dont Jules Isaac) prennent plaisir à aller visiter les musées, notamment le Louvre, temple dont il se rend compte progressivement qu’il fait allègrement communiquer « sentiment nationaliste » et « sentiment religieux » (OPC, t. I, p. 574)…

Pendant sa brève scolarité (1893-1894) à Sainte-Barbe, place du Panthéon, Péguy aime à déambuler, en causant avec les nouveaux amis qu’il s’est faits, dans la cour du grand collège, dite « cour rose ». C’est l’époque des grandes amitiés : celle de Marcel Baudouin, de Joseph Lotte, d’Eddy Marix…

Mais c’est au 45 de la rue d’Ulm que où Péguy établit sa citadelle : la turne où sur la porte quatre normaliens – Péguy, Albert Mathiez, Albert Lévy et Georges Weulersse – inscrivent le mot « Utopie », faisant de la pièce un laboratoire où l'on travaille à un monde nouveau. De là, Péguy lance ses offensives dreyfusardes vers la Sorbonne, où, pour achever ses études, il passe sa licence de lettres. Péguy réglera plus tard ses comptes avec la maison d’en face, symbolisant les prétentions indues du modernisme historicisant : « Le cinquième arrondissement est un pays. Le quartier de la Sorbonne est un pays. Mais ils ont fait de telle sorte […] que la Sorbonne n’est pas un pays. […] Être d’un lieu, et en même temps d’un autre lieu, et si je puis dire en même lieu être d’un autre lieu, voilà toute mon ambition, dit l’histoire. » (OPC, t. III, p. 1173).

 

Lieux de travail

 

Le 1er mai 1898, Péguy avait fondé la Librairie socialiste Georges Bellais (un prête-nom) au 17, rue Cujas, à l’angle de la rue Victor-Cousin, boutique vaste, avec un logement au premier étage et de grands sous-sols pouvant servir de salle de conférences.

Un peu plus tard, le 2 août 1899, la Société Nationale de Librairie et d’Édition est créée, sise au même lieu. La librairie Bellais est sauvée de la faillite par cette coopérative, dont Péguy devient le délégué à l’édition. Mais le 26 décembre de la même année, Péguy écrit à son maître Lucien Herr qu’il part « pour un temps » : « Je pars comme une colonie fidèle quitte la métropole ».

Péguy travaille alors dans un deux-pièces du 19, rue des Fossés-Saint-Jacques, chez Charles (dit Jean) Tharaud et André Poisson, camarade du lycée d’Orléans : cet appartement servira, pour la revue à naître, de dépôt principal. Le 5 janvier 1900, les dés sont jetés : les Cahiers de la quinzaine sont fondés, à la même adresse, et leur premier numéro paraît.

Le 12 novembre 1900, par suite de manque de place chez les amis, les Cahiers sont transférés juste en face de l’entrée de la Sorbonne, à côté de la Société des universités populaires, au deuxième étage du 16, rue de la Sorbonne – adresse de l’École des hautes études sociales de Dick May. Péguy avait pignon sur rue et vue directe sur la Sorbonne…

Le 1er octobre 1901, les Cahiers déménagent du 16 au 8, rue de la Sorbonne, dans un local qui prendra le nom de « Boutique des Cahiers ». La petite pièce de gauche, exiguë mais séparée du couloir, et claire puisque c’est sur elle que donnait la devanture, ce fut la place ordinaire d’André Bourgeois, « la case de M. Bourgeois » (OPC, t. II, p. 1342), et Sorel trônait dans la pièce centrale. Péguy occupa en 1905 la pièce peu éclairée du fond, où il recevait les jeudis.

Tel est « la Cité latine » de Péguy (OPC, t. II, p. 601), son quartier général. Plusieurs fois par semaine, Péguy allait aux Cahiers par la ligne du Luxembourg. Et sa revue rendait compte de l’ordre du monde. Péguy entendait en effet fournir à ses abonnés des documents sobres, des témoignages bien informés permettant d’éclairer les actualités internationales : « J’étais là, telle chose m’advint : toute l’histoire est là. » (OPC, t. I, p. 931). Il espérait ainsi dénoncer le génocide arménien, les pogroms, les méfaits de certains agents coloniaux, l’autocratie tsariste ; saluer les avancées du suffrage universel et de la démocratie dans le monde… Peu à peu cependant, les « cahiers de courrier » cédèrent la place aux cahiers de littérature.

C’est du Quartier latin que les Cahiers partaient aux abonnés, mais c’est à Suresnes qu’ils étaient imprimés. Péguy y allait par train en joignant une gare à une autre en tramway. Lorsqu’en 1905 Péguy se remémore que Jaurès, alors en train de préparer la sortie de L’Humanité, était allé le voir à Suresnes, c’est naturellement en termes de lieu qu’il exprime, lyrique, sa nostalgie : « Au moment de quitter à jamais un pays où il avait eu quelque bonheur, et quelque tranquillité de conscience, avant d'entrer dans les marais de la politique, dans les marécages, dans les plaines saumâtres, un dernier regard, une santé dernière, un dernier voyage aux anciens pays de la véritable amitié. » (OPC, t. II, p. 79).

 

Péguy dans Paris

 

Péguy n’habite la capitale que d’octobre 1893 à 1899 et c’est donc à juste titre qu’il se présente comme « Provincial » (OPC, t. I, p. 287) lorsqu’il prend la plume dans le premier numéro des Cahiers de la quinzaine – fondés à Paris en 1900 –, avant de persévérer dans la Deuxième série au Provincial à la fin de cette même année (OPC, t. I, p. 579).

Mais Péguy aime à arpenter la capitale, en de nombreuses marches qui le mènent au hangar de la « Mie de Pain » à la Butte-aux-Cailles, ou qui lui permettent de rendre visite aux amis – Charles Lucas de Pesloüan (41, avenue Rapp), les Marix (8, rue Clément-Marot) –, de déjeuner chez Pierre Marcel (258, boulevard Saint-Germain), Geneviève Favre (148, rue des Rennes) ou Simone (54, quai Debilly).

Péguy utilise d’autres moyens de locomotion : omnibus à impériale (le Passy – Hôtel de Ville notamment), tramway (notamment le très rapide jaune, des lignes Montparnasse-Bastille et Montparnasse-Étoile), train le matin et le soir puisque Péguy est un banlieusard, toujours « entre deux trains », empruntant plus rarement la voiture, pour aller, grisé de vitesse, au château de Trie rejoindre les Casimir-Perier.

Ces transports en commun sont des lieux d’inspiration pour notre auteur : « Je n’ai pas de répit, il ne faut pas que j’aie de répit ; alors je produis tout le temps, dans le train, dans les tramways… », confie-t-il à son ami Joseph Lotte en avril 1912. C’est en chemin de fer, entre Paris et Orléans, le choc des roues contre les sections des rails qui lui suggère l'alternance des vers de six et de quatre syllabes qu’on trouve dans les Quatrains.

Quand Péguy a la révélation de l’imminence d’une attaque allemande dans Notre patrie le 3 juin 1905, c’est curieusement par le lieu même qu’elle s’exprime : le roi d’Espagne « semblait faire exprès, ce matin-là, de ne point quitter le quartier ; c'était de sa faute ; à lui ; et non point à nous, qui ne sommes ni royalistes ni paresseux ; il ne s'en allait jamais ; le Panthéon, Notre-Dame, l'Hôtel-de-Ville, des circuits à tenir toute une matinée, des lenteurs, des arrêts, des attentions, des retenues, des stages qui ne finiraient certainement point à midi sonné, toutes les maisons de cérémonies ; les places, les parvis, les ponts ». Suit un gigantesque éloge du « singulier peuple de Paris » (OPC, t. II, p. 21-23) annonçant la Situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire temporelle : « la ville du monde la plus insupportablement cosmopolite ; une orgie de nations ; un carrefour le plus banal du monde : un caravansérail des peuples ; la plus antique des Babel modernes ; la confusion des langues ; la plus moderne des Babel antiques ; un boulevard où on parle tout excepté français. » (OPC, t. II, p. 736).

Associations ou institutions culturelles parisiennes ont rendu hommage à l’écrivain, dans des monuments comme au lycée Louis-le-Grand (« À nos morts pour la patrie. 1914-1918 ») ou au 45, rue d’Ulm (« À nos morts »), par des plaques situées au premier et au troisième siège des Cahiers.

 

Domiciles successifs d’un Péguy banlieusard

 

Après avoir habité au 7, rue de l’Estrapade (1897-1899) – au-dessus du domicile de sa belle-mère –, voici que Péguy s’installe en vallée de Chevreuse. C’est d’abord à « Saint-Clair par Orsay », où se déroulent les dialogues De la grippe, Encore de la grippe et Toujours de la grippe, que Péguy, du 15 juillet 1899 au 15 juillet 1901, loua une petite maison, peu salubre, récemment démolie (74, route nationale de Chartres).

À l’annonce du deuxième enfant, le couple déménage et se rapproche de Paris : ils habitent à Orsay (1901-1908) une maison assez petite mais saine, en solide meulière et couverte d’ardoise, entourée d’arbres et construite sur le versant de l’Yvette le mieux exposé au soleil, à proximité de la toute nouvelle gare du Guichet. La « Maison des Sablons », aujourd’hui 10, rue des Sablons, appartient au lotissement dit « Madagascar », quartier construit en 1898 sur un sol sablonneux et à forte pente sur lequel pousse un bois qui avait un charme exotique, à deux pas du lac d’Orsay.

Se rapprochant encore de Paris, Péguy loue ensuite la « Maison des Pins » à Lozère, solide construction en meulière entourée d’un grand jardin sur la pente plantée d’arbres qui descend jusqu’à l’Yvette. Une sobre plaque au 12, rue Charles-Péguy précise : « Charles Péguy (1873-1914) habita cette Maison des pins de janvier 1908 à août 1913. C’est ici qu’il écrivit la plupart de ses grandes œuvres. »

Péguy élit ensuite domicile au 7, rue André Theuriet (1913-1914) à Bourg-la-Reine. Cette nouvelle location lui fait gagner du temps. Le pavillon est petit mais le jardin, vaste : sapin, marronniers, paulownia, vasque à jet d’eau, potager où jardiner… Sur l’immeuble qui remplaça la maison, détruite à l’automne 1957, une plaque, datée du 11 novembre 1960, rappelle le souvenir de Péguy. Et Bourg-la-Reine se repentit de la destruction par la création d’une rue Charles-Péguy en 1960 et une stèle d’hommage élevée au cimetière en 2005.

Mais ces domiciles successifs sont des points de départ. Car si Péguy travaillait les matins à sa table d’écriture, un peu avant 16 heures il sortait par tous les temps se promener ou plutôt marcher silencieusement deux ou trois heures, seul, avec ses enfants ou un ami. Souvent, il gagnait ainsi la route de Chartres et y retrouvait Daniel Halévy, « vous qui n'adorez jamais tant la marche à pied que quand elle porte sur quarante kilomètres et ressemble ainsi à d'énormes marches militaires » (OPC, t. II, p. 776). La vallée de la Chevreuse et le plateau de Saclay fournissent matière à inspiration. La banlieue, singulièrement embellie, devient « la noble Île-de-France » (OPC, t. II, p. 1016-1017), le « noble Vermandois » et le « noble Hurepoix » (OPD, p. 1143). « La Banlieue » célèbre ces noms de lieux invitations sinon à la promenade du moins à une rêverie toponymique quasi proustienne : « Saint-Mandé, Robinson, Plessis, Bondy, Varenne, / Malakoff, Billancourt et la double Garenne ; // Vanves, Sceaux, Châtillon, Fontenay, Bourg-la-Reine » (OPD, p. 1124-1126). Tous ces faubourgs figurent dans l’orbite de Paris : « Sous le commandement des tours de Notre-Dame. » (OPD, p. 1127), mais la « Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres » laisse apparaître une autre attirance quasi magnétique : Chartres.

 

Péguy pèlerin

 

Pour Joris-Karl Huysmans, Jacques Maritain ou Ernest Psichari, Chartres est comparable à La Salette ou à Lourdes : ce n'est pas leur unique pèlerinage, et ils n'y vont pas à la Péguy – à pieds et en quatre jours. Péguy ressuscite pour sa part l'antique pèlerinage et s'en vante : « Je l'ai faite, moi, la route de Chartres », la « belle route bien droite » de Beauce (OPC, t. III, p. 1466).

Le vendredi 14 juin 1912, lorsque Péguy part de sa maison de Lozère pour Chartres, son carnet de route est d'un bon marcheur et non d'un touriste. Certes, avec Alain-Fournier, qui l'accompagne jusqu'à Dourdan, c'est une promenade un peu longue : Péguy accepte d’allonger son chemin pour rendre visite à la famille amie des Yvon, qui l’héberge au 2, rue du Puits-des-Champs à Dourdan. Le lendemain matin, les jambes commenceraient de peser au pèlerin si sa journée ne devait s'achever face au « plus beau clocher du monde ». « Plaine où le Père Soleil voit la terre face-à-face » (OPC, t. II, p. 744) : une prière s'élève alors de son cœur de poète – Notre Dame a ressuscité en lui l’alexandrin (OPD, p. 1139) :

 

Étoile de la mer voici la lourde nappe

Et la profonde houle et l'océan des blés

Et la mouvante écume et nos greniers comblés,

Voici votre regard sur cette immense chape.

 

Péguy repart selon le même chemin, bouclé le lundi « comme un beau raid d'infanterie » ; mais « ce n'est pas la même chose d'aller à Chartres que d'en revenir ». Tel fut ce pèlerinage : un tiers d'intendance, un tiers de sport, un tiers de prière ardente. Prière de demande : que la Vierge lui donne la force de dominer une passion adultère et qu'elle soutienne son ami Pierre Marcel, fatigué physiquement et moralement ; et d'action de grâce – pour le soin qu'elle prend de son fils cadet Pierre, de faible santé – avec offrande en accomplissement de son vœu : « Mon gosse est sauvé, je les ai donnés tous trois à Notre Dame », confie-t-il à Joseph Lotte. Mais fin août, Pierre contracte une angine suspecte... Après quelques jours d'angoisse, Péguy exprime son soulagement à Alain-Fournier : « Pierre va mieux et me voici réengagé vers Notre Dame de Chartres. J'ai idée que j'irai tous les ans. »

Pour le deuxième pèlerinage, du 25 au 28 juillet 1913, Alain-Fournier se décommande au dernier moment. Péguy gagne donc Limours avec son fils aîné Marcel, puis continue seul, sous un soleil de plomb qui manque de le tuer et dont il dira : « Ce serait beau de mourir sur une route et d'aller au ciel, tout d'un coup. »

Le 14 avril 1914, mardi de Pâques, quand la mère, la sœur et la nièce de Jacques Maritain invitent Péguy à Chartres, il ne peut refuser. Tous quatre entrent dans la cathédrale avant de repartir en train. Cet aller-retour est bien un troisième pèlerinage.

Une plaque apposée en juin 1962 dans la cathédrale Notre-Dame de Chartres, célèbre le 50e anniversaire du premier pèlerinage de Péguy. L’Amitié Péguy a mis en place cinquante ans plus tard, avec le concours du Conseil Général d'Eure-et-Loir, un itinéraire pédestre balisé qui reprend au plus près le chemin que fit Péguy : 94 kilomètres de faible dénivelé, proposés à la marche en trois jours.

 

Péguy en campagne

 

Certes, Péguy soldat n’est guère allé en province au-delà de quelques villes pour les manœuvres : Cercottes, Coulommiers, Guise, Saint-Quentin, Ham ou Fontainebleau. Pourtant, la défense nationale impose au fantassin de se rattraper à l’été 1914 : les mouvements du front déterminent alors ses derniers jours et leurs marches forcées. « C’est le soldat qui mesure la quantité de terre où un langage, où une âme fleurit. » (OPC, t. III, p. 902).

Le 2 août 1914, Péguy revêt son uniforme et quitte Bourg-la-Reine. Le 4 août, il quitte Paris en train pour Coulommiers. Le 10, il part pour le front. Le lendemain, il arrive à Saint-Mihiel. Après plusieurs jours de marche, le 28, Péguy part en train pour le Nord. Le lendemain, marche de Tricot jusqu’à Fescamps. Après un long repli, le 5 septembre 1914, Péguy part de Vémars et trouve la mort à  la tête de ses hommes à Chauconin-Neufmontiers. Les nombreux soldats tombés sur le bord de cette longue route droite sont rassemblés les 7 et 8 septembre 1914 dans une tombe commune. La Grande Tombe de Villeroy, nécropole nationale, témoigne du sacrifice d'une génération et pourrait prochainement faire son entrée au patrimoine mondial de l’Unesco, aux côtés d’autres sites funéraires franco-belges.

Même si la panthéonisation de Péguy fut vainement évoquée à deux reprises en 1945 et 2008, le nom de Péguy est présent sur une plaque du Panthéon qui célèbre 560 écrivains morts pour la France de 1914 à 1918.

 

Sources secondaires

 

Simone Fraisse, Péguy et la terre, Le Sang de la terre, 1988

 

Bulletin de l’Amitié Charles Péguy :

· n° 58, avril-juin 1992 (Francine Lenne, « Vache dans un pré » et « Paysage avec philosophe » ; Robert Burac, « Le pays mis en page » ; Jean-Marc Besse, « Dans les plis du monde » ; François Andrieux, « L’étrangeté, limite de la ville » ; Hervé Dulongcourtil, « Une écriture de l’épuisement »)

· n° 106, avril-juin 2014 (Marie Gil, « Mathématique du paysage péguien » ; Romain Vaissermann, « Paysage et portrait de Paris dans Sainte Geneviève patronne de Paris » ; Thanh-Vân Ton-That, « Paysages poétiques chez Proust et Péguy » ; Elsa Godart, « Du Ciel à la Terre, de la Terre à la Vérité » ; Dominique Millet-Gérard, « Jardin de paradis, jardin de la création dans Ève » ; Élie Maakaroun, « Les premiers jardins » ; Pauline Bernon, « Les jardins de Péguy »)