Tentative
d’élucidation
de
la « Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres »
En remerciement à la famille Yvon qui m’a amplement documenté sur le
sujet |
Romain Vaissermann Université de
Nice |
Péguy annonce à son fidèle ami
Lotte la « Présentation » en termes tantôt humbles, tantôt
fiers : ce poème est à la fois « un papier de 360 vers » et
« à beaucoup près ce que j’ai fait de mieux ». Or jusqu’ici ces deux
pages poétiques – deux pages dans la disposition du Bulletin des professeurs
catholiques de l’Université édité par Lotte (20 janvier 1913), davantage
aux Cahiers de la quinzaine (11 mai 1913) – n’ont pas bénéficié des
notes seules à même d’en éclairer l’aspect biographique. Marcel Péguy, pour ne
citer que lui, ne donne au texte, dans l’édition de la Pléiade, qu’une seule
note, anecdotique et floue. Il s’agit – en cette présentation fille de la
Présentation – de présenter le texte au lecteur, d’amener le lecteur pour la
première fois au Temple du texte, afin d’y contempler, sur de fermes assises
biographiques et intertextuelles[1], la hauteur des sens symboliques
que l’on pourra dégager à l’avenir.
À la recherche des liens entre la
« Présentation » et la Bible, nous venons après Marie Gil-Boyer qui
identifia un « palimpseste évangélique dans les Tapisseries »[2],
de façon parfois rapide : le rapprochement des termes « gerbe »,
« tige » et « ligne » (v. 73, 77 et 84) de la « souche
de Jessé »[3] et du « Salve radix »
de l’Ave Regina cœlorum[4],
l’allusion à la parabole de l’ivraie aux vers 1-4, 105-108[5] et à la mort vaincue au vers 297[6],
l’idée que Péguy refoule un vif désir de sacrement (voire d’ordination
sacerdotale) au vers 301[7] ou veuille imiter le Christ
d’après le vers 326[8] semblent
sinon surdéterminer le texte, du moins le tirer vers des références
scripturaires qui obscurcissent singulièrement des références plus simples,
dont il est par ailleurs dommage qu’elles restent obstinément tues[9], loin
d’être même corrélées aux textes vétéro- et néotestamentaires. En revanche, cet
article récent est utile à la compréhension d’un passage de la
« Présentation »[10] et a révélé le
« palimpseste de la passion » présent dans tout le poème[11] – et, selon nous, en contrepoint
de la « Tristesse d’Olympio ».
En effet, la halte de Dourdan dut
rappeler cette recherche nostalgique qu’Hugo mit en vers en utilisant la rime
« sombre » / « ombre » (v. 19-24) : « Il chercha
le jardin, la maison isolée, / La grille d’où l’œil plonge en une oblique
allée, / Les vergers en talus. / Pâle, il marchait. – Au bruit de son pas grave
et sombre / Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l’ombre / Des jours
qui ne sont plus. » Péguy précise de la maison des Yvon : « Le
jardin était clos » (v. 157), là où Olympio erre « Regardant, sans
entrer, par-dessus les clôtures » (v. 44) et note : « Un mur
clôt la fontaine où, par l’heure échauffée, / Folâtre, elle buvait en
descendant des bois (v. 61-62). Les parallèles se multiplient. Péguy :
« Voici votre regard » (v. 4) et le refrain « Vous nous voyez
marcher » (v. 25 et 33) ; Olympio : « Ma maison me
regarde » (v. 80). Péguy : « Un sanglot rôde et court par-delà
l’horizon » (v. 13) ; Olympio : « Vers quelque source en
pleurs qui sanglote tout bas » (v. 124). Péguy : « D’autres
viendront vers vous du noble Vermandois, / Et des vallonnements de bouleaux et
de saules. / D’autres viendront vers vous des palais et des geôles. / Et du
pays picard et du vert Vendômois. » (v. 117-120 ; cf. v. 93-96) ;
Olympio : « D’autres vont maintenant passer où nous passâmes. / Nous
y sommes venus, d’autres vont y venir » (v. 81-82).
Douterait-on encore du
rapprochement qu’un quatrain emporte l’adhésion (v. 145-148) :
« Toutes les passions s’éloignent avec l’âge, / L’une emportant son
masque et l’autre son couteau, / Comme un essaim chantant
d’histrions en voyage / Dont le groupe décroît derrière le coteau. »
explique suffisamment « Quand nous aurons joué nos derniers personnages, /
Quand nous aurons posé la cape et le manteau, / Quand nous aurons jeté
le masque et le couteau, / Veuillez vous rappeler nos longs
pèlerinages. »[12]
Mais revenons aux références religieuses. Imprègnent le poème les Litanies de la Vierge Marie dites de Lorette[13], les Hymnes mariales[14], le vocabulaire religieux, comme dans :
- l’« immense chape » (v. 4) – ce long manteau de cérémonie, agrafé par devant et sans plis, porté par les dignitaires de l’Église pour célébrer certains offices[15] –,
- le « reposoir » (v. 24), endroit où l’on fait halte,
voire cet abri aux voyageurs sur le bord de la route, mais surtout cet autel
orné de fleurs et de feuillages, dressé sur le parcours d’une procession et sur
lequel le prêtre expose le Saint-Sacrement, notamment lors de la Fête-Dieu (et
non l’autel où est exposé le Saint-Sacrement dans l’église après la messe du
Jeudi saint),
- l’« indulgence » (v. 304) prêtée à Marie comme cette attitude d’une personne qui pardonne les fautes d’autrui, mais comme cette rémission, par l’Église, des peines temporelles dues aux péchés déjà pardonnés, et même aussi comme le pèlerinage qui entraîne cette rémission (au sens où l’on parle de l’indulgence du chemin de la Croix, ou de celle de la Terre sainte).
- le terme « moqueur » (v. 321 : « la lèvre du moqueur » ; cf. v. 162 de la « Tristesse d’Olympio » : « Loin des objets réels, loin du monde rieur ») fréquent notamment dans les Proverbes (IX-7-8, XXI-11…) et les prophètes (Es XXVIII-14, 22 et XXIX-20),
- le « premier Adam » (v. 342 ; II Esdras III-21 : « Cor enim malignum baiulans primus Adam transgressus et victus est, sed et omnes qui ex eo nati sunt. » et I Co XV-45-47),
- ou encore le « Purgatoire » (v. 354), étrangement marial mais « vraiment un purgatoire » où Péguy se plaignait en mai 1912 de devoir « tendre le dos et attendre qu’il ne pleuve plus »[16].
Au total, il semble que les
allusions aux dévotions à la Vierge dominent les rappels testamentaires. Le
« ô reine des douleurs » du vers 240 se souvient ainsi du « Stabat
mater dolorosa » et désigne la manière de couronne que forment les
sept glaives plantés dans la poitrine de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs,
représentée parfois comme portant sur sa tête une
véritable couronne à rayons. La suite du « Stabat mater » :
« Juxta Crucem lacrimosa » et le graduel de la fête Septem
Dolorum Beatae Virginis qui
commence par confesser : « Dolorosa et lacrimabilis es, Virgo
Maria » expliquent le premier hémistiche de ce même vers 240 :
« Et la sèvère larme ». Quant aux vers 72, 81 et 272, leur « irréprochable », « pierre
sans tache »[17] et « sans faute », leur « flèche sans péché » est bien sûr, prosaïquement,
« impeccable », mais réfère aussi au dogme de l’Immaculée Conception. « Vous êtes reine et mère » (v. 302) reprend
clairement « Salve Regina, mater misericordiae, vita, dulcedo, et spes
nostra, salve » Pourtant, « Et nunc
et in hora, nous vous prions pour nous » (v. 333 ; cf.
l’« ora pro nobis » des Litanies) rappelle davantage la
« Doxologia Minor » : « Glória Patri, et
Fílio, et Spirítui Sancto. / Sicut erat in princípio, et nunc, et semper, et in
sæcula sæculórum. Amen. » (par exemple présente à la fin du « Magnificat »)
que l’« Ave Maria »[18], même si les paroles répétitives
chantées dans celui de Schubert[19] contiennent
les mots donnés par Péguy. Le Christ ne peut bien entendu pas être
absent ; le vers 43 : « Et ce fleuve de sable et ce fleuve de
gloire », paraissant ne faire que jeu de mot avec « Loire »[20], renvoie à Jn VII-37-39, où du sein de Jésus jaillissent « des fleuves d’eau
vive » parce qu’il a été glorifié[21] et a quitté
son « premier caveau » (v. 297), c’est-à-dire où il a premièrement
été enseveli.
Quelques autres
saints, souvent locaux, n’ont pas été oubliés. Anglais, saint Clair, fêté le 18 juillet, arpenta le Beauvaisis
à la fin du IXe siècle et finit martyr : décollé mais
céphalophore ; le prieuré et l’église de Gometz-le-Châtel se placent sous
l’invocation de ce saint dont une fontaine à Gometz est fréquentée pour y voir
« clair » (v. 127). Romain, saint Chéron,
canonisé à Chartres vers l’an 800 et fêté le 28 mai, est encore plus proche du
pèlerin Péguy (v. 343) : martyr contemporain de saint Denis, il faisait
route d’Ablis à Chartres quand il tomba dans une embuscade à trois lieues de la
ville ; la source de « La Rachée », à Saint-Chéron[22], était aussi connue –
coïncidence ? – pour guérir les yeux. Quant à Arnould de Chartres, fêté aussi
le 18 juillet, sa vie est mal connue : il prêcha la foi parmi les Francs
après le baptême de Clovis et finit, lui aussi, martyr dans une forêt, celle
d’Yveline entre Chartres et Paris. Et voici l’histoire de sainte Mesme, vierge
et martyre honorée en pays chartrain le 7 mai[23] (v. 170) : à la fin du Ve
siècle, furieux de savoir que sa fille reniait les dieux païens, le comte de
Dourdan demanda à son fils Mesmin qu’il tranchât la tête de sa sœur, la vierge
Maxima. Mais comme une source miraculeuse jaillit à cet endroit précis (deux
fontaines rappelant ce souvenir dans la Sainte-Mesme actuelle), il se
convertit, fit pénitence et fonda l’abbaye de la Chapelle Saint-Mesmin, près
d’Orléans.
Les doubles jeux frappent aussi les références
poétiques. « Vers un dernier carré le soir d’une bataille. » (v. 40)
rappelle aussi bien Leconte de Lisle[24] que Victor Hugo[25]. Les réminiscences purement littéraires font
nombre égal aux rappels bibliques : défilent André Gide[26], Heredia[27], Homère[28], Horace[29] et Hugo[30], Lamartine[31], Musset[32], Novalis[33], Sully-Prudhomme[34] sont tour à tour convoqués, peut-être même Érasme[35], Marivaux[36] ou Virgile[37], et cette liste semble close[38].
Les archaïsmes sont peu nombreux
au total : l’emploi prépositionnel de « dedans » [39] est devenu aussi rare que le
sens temporel de « devant » ou « devers »[40] ; « Comme un rang de
châteaux sur la barque amirale. » (v. 20) renvoie à ces constructions
élevées à la proue (« château d’avant ») ou à la poupe
(« château d’arrière ») des anciens navires de guerre à voiles,
accastillage qui faisait autrefois office de défense et de protection
(« chastel » est attesté depuis le XIIe siècle en ce
sens ; cf. v. 116) ; « Vingt ans de souvenirs étaient
notre échanson. » (v. 143) rappelle cet officier chargé de verser à boire,
à la table d’un seigneur ; « séquelle » (« suite de
personnes attachées à quelqu’un » depuis le XIVe siècle et ici,
spécialement, « suite formée par les courtisans d’un roi ») est à
peine un archaïsme (latinisme – de sequor), puisque le néologisme
sémantique désignant une pathologie ne date que de 1904. À côté d’« égal
comme une barre » – qui ne pose pas de problème puisque c’est une pièce étroite et longue, de section régulière,
de rigidité et résistance variables selon la matière –, « Dur comme une
justice » (v. 58) est difficile à interpréter. Sont-ce des
« (fourches de) justice » où
les seigneurs faisaient pendre les malfrats, un « (Sceptre de)
justice » aux côtés de la « Main de merci » et de la
« Verge d’équité », le sens vieilli de jugement rendu ou le sens
métonymique d’« instance chargée de rendre la justice », ou encore
une représentation allégorique de la Justice ?
Mais l’« appareil » du vers 30
(« Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours ») doit-il même
être pris au sens classique de « magnificence extérieure » ? Voire.
L’appareil photographique (voir les modernistes vers 222-223 : « Nous
marchons dans le vent coupés par les autos. / C’est ici la contrée imprenable
en photos ») n’est pas à exclure… Le néologisme n’est pas toujours
extrême : « et toute leur volaille » (v. 36) renvoie bien, par
la marque du singulier désignant un groupe de personnes, à une bande de femmes
faciles, et ce depuis le début du XIXe siècle ; le nouveau sens
argotique, alors tout récent (1900), qui désigne la « police »,
semble ignoré. « Comme un rang de châteaux sur la barque amirale. »
(v. 20) utilise une expression rare synonyme du plus usité « bateau
amiral » mais ni très nouvelle ni très ancienne : le T.L.F. repère
« barque amirale » chez Hugo et Châteaubriand[41], outre Péguy.
Péguy invente donc à faible dose : le T.L.F. après Le Vocabulaire, la syntaxe et le style des poèmes réguliers de Charles Péguy par Joseph Barbier citent le vers 327 et considèrent qu’« amendement » est ici un néologisme de sens, pour « une grâce de pardon et de perfectionnement intime »
La nouveauté, c’est plutôt de
relancer l’ancien pèlerinage de Chartres[42] et
de relater son propre voyage accompli et les marches à venir. Car tout est
« vrai », « réel » dans ce poème.
L’« océan » du vers 2
(métaphore filée ; mot repris aux v. 12 et 105) s’accorde avec
l’« ondulation » notée par Péguy prosateur et marcheur[43]. Les « greniers
comblés » (v. 3) le sont bien au mois du pèlerinage de Péguy à travers
cette région de grosse production céréalière qu’est la Beauce : c’est du
14 au 17 juin 1912, accompagné le premier jour d’Alain-Fournier, que Péguy fit
son premier pèlerinage à Notre-Dame de Chartres en action de grâce après la
guérison de son fils Pierre atteint de paratyphoïde (février 1912), ainsi que
pour résister à une passion adultère. Péguy a donc effectivement quitté pour
peu de temps – trois nuits et trois jours si l’on compte les heures (du 14 juin
9 heures au 17 juin 13 heures) – Paris, la capitale où grouillent les habitants
(« Là-bas vous commandez un océan de têtes », v. 106) et dont le
centre, universitaire, oppose la « Boutique des Cahiers » du
16, rue de la Sorbonne (v. 90) à la Sorbonne où règnent (v. 91) soit deux
disciplines distinctes soit les philologies classique et moderne (la seconde
étant née en 1897 avec la parution de
l’Essai de sémantique. Science des significations par Michel Bréal chez
Hachette).
Les cloches qu’on entend sonner
puis resonner au « clocher » d’une « épaisse église » (v.
5, 15-16) pourraient provenir de l’église d’Orsay, si la chronologie était
exacte et s’il s’agissait du matin (v. 9), peu après le départ de Lozère à neuf
heures ; mais le quatrain précédent évoque déjà le « plateau »
qui s’offre après la célèbre « côte » de Gometz, « sur le ras de
la plaine et sur Gometz-la-Ville » (v. 130) au début de la Beauce (cf. le
« coteau » qui finit la Beauce au vers 48)… Aussi l’église de
Champseru convient-elle, mieux que celle de Sainte-Mesme dont le chevet est plat et dont la nef
et le bas-côté sont flanqués au sud d’une chapelle.
Parmi les « amis
absents » du vers 6 doivent figurer Eddy Marix mort en 1908 et pour qui
Maritain voulait dès cette année-là que Péguy prenne la route de Chartres[44],
Pierre Marcel Lévi, ami en dépression et avec qui Péguy désirait faire la route
de Chartres, le compagnon Alain-Fournier, Henri Yvon bien sûr dont l’absence
permettra à Péguy de dormir dans sa chambre et enfin René Bichet, mort à la
date d’achèvement du poème.
Étrangement, Péguy semble réduire
à l’ère chrétienne la période de mise en œuvre des ressources agricoles de la
Beauce. Mais « Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre / Un
réservoir sans fin pour les âges nouveaux. » (v. 21) doit se comprendre
avec emphase sur « fin » et « nouveaux » : le travail
de la terre a obtenu de la Nouvelle alliance qu’il produise en suffisance et de
façon pérenne. Quant à l’autre décompte « Mille ans de votre grâce »
(v. 23), il envoie à l’histoire à rebondissements de la construction de la
cathédrale de Chartres. Dotée de la tunique de la Vierge en l’an 876, la ville
s’opposa grâce à elle victorieusement aux assiégeants normands en 911. La
cathédrale, consacrée par Fulbert en 1030, vit ses voûtes s’achever en 1215.
À travers la Beauce donc, Péguy
peut écrire : « La route nationale est notre porte étroite. »
(v. 28). La R.N. 10 (dénomination datant de 1875) mena Péguy d’Ablis au
Gué-de-Longroi[45] et
de là à Saint-Chéron-du-chemin puis à Chartres. Mais ce sont des
départementales qui conduisirent Péguy autrement : R.D. 988 « des
faubourgs d’Orsay par Gometz-le-Châtel » (v. 126), dont il prend la route
de Chartres, « au bord d’une route en biseau » (v. 128) qui, elle
serpente dans le village même. R.D. 988 de Chartres à Limours par
Gometz-le-Châtel puis R.D. 838 jusqu’à Dourdan par Angervilliers puis
Saint-Cyr-sous-Dourdan ; R.D. 116 de Dourdan à Sainte-Mesme et R.D. 168
jusqu’à Ablis ; puis de nouveau R.N. 10 pour finir. Et pourtant, Péguy
n’avait pas de carte, il allait « sans aucun appareil, sans fatras, sans
discours » (v. 30) et consultait « les poteaux aux coins des
carrefours » (v. 136). Il allait comme le soldat d’infanterie qu’il était
lors des manœuvres : « nous sommes la piétaille » (v. 33 et Victor-Marie
comte Hugo). Il suivait les platanes des routes parmi les champs (v.
209 : « le profil connu d’un arbre interchangeable »).
Mais dans Péguy parfois l’on se
perd : « Dans l’antique Orléans sévère et sérieuse » a résisté à
nos recherches[46].
Aucune certitude non plus que « l’enclos dans le bourg et la bêche »
(v. 52) renvoient au grand-père Jean-Louis Péguy, jardinier dans Orléans, ville
natale de Charles Péguy (v. 41). Et « la fosse » apparue « dès
nos plus jeunes ans » (v. 50) ? La tombe du père mort quand Péguy n’avait
pas un an ? Outre l’église de
Champseru, « les
beaux châteaux et les longues allées »
du vers 116 et peut-être plus encore le « château sans un coin et sans une
oubliette » du vers 331 posent problème… Faut-il compter à même enseigne
le château de Baville, celui du Marais – propriété de la duchesse de Talleyrand
–, celui de Dourdan, celui de Sainte-Mesme ? Les deux derniers nous
convainquent. Seul Gometz-le-Châtel, qui, malgré son nom, « n’est pas un
castel » (v. 127), est exclus. Pourtant, Gometz fut à l’origine le domaine du château, dont
il reste vestiges de tours et de murailles, par opposition avec Gometz la
« villa ».
Seule domine les doutes la
cathédrale. « Un homme de chez nous » (v. 61) ne désigne sans doute
pas, par figure de style, l’ensemble des hommes ayant contribué à faire lever
de terre Notre-Dame de
Chartres mais le maître maçon Jean Texier, dit Jean de Beauce, né à Vendôme, architecte de
la flèche septentrionale achevée en 1513, et non du clocher roman au sud,
s’élevant à près de 106 mètres de hauteur. Jusqu’ici, les exégètes ont plutôt
attribuer l’appellation laudative de « flèche irréprochable » (v. 72)
au clocher roman, mais l’identification de Jehan de Beauce va contre cette
tradition. De fait, d’aucuns témoignent
au Clocher Neuf, culminant à 115 mètres, leur préférence, en
raison des ornements et des dentelles qui l’enrichissent, dans le plus pur
style gothique flamboyant. Quoi qu’il en soit, tous deux s’élevent « plus haut que
tous les saints, plus haut que tous les rois » au-dessus du portail royal
et même de la galerie des rois (v. 71). Au-dessus des vitraux ? « Voici
l’axe et la ligne et la géante fleur. » (v. 237) peut désigner les trois
rosaces de Chartres ou encore les trois verrières préservées par l’incendie de
1194 : ligne de la Passion, axe de la vie du Christ et arbre fleurissant
de Jessé.
Même le trajet de Péguy dans le
« gros bourg très riche » de Dourdan[47] est
connu : après la descente sur Dourdan[48],
il a pris à gauche la rue de Chartres, a franchi la porte de Chartres, a
« longé » (v. 139) « les fossés du château coupés comme un
redan »[49],
pour rejoindre la rue Basse foulerie et, après avoir passé le pont sur l’Orge,
entre dans « la maison amie, hôtesse et fraternelle » au 2, rue du
Puits-des-Champs (v. 141) : une maison construite en 1865 par la famille
Yvon. Mère de la famille, Marie Yvon était originaire d’Orléans et amie de la
mère de Péguy, à la paroisse Saint-Aignan.
« On nous a fait coucher dans le lit du garçon. » (v. 142). Il ne
s’agit pas de n’importe qui. Henri Yvon est né à Paris le 10 juin 1873 et fit
ses études au lycée Saint-Louis (1882-1890), Henri-IV (1890-1893), à l’École
normale supérieure (reçu en 1893) – où il rencontre Péguy qui écrira en 1913
(v. 143) :
« Vingt ans de souvenirs étaient notre échanson. ») –, avant d’être agrégé de grammaire en 1897. Il
enseigna comme professeur de lettres au collège d’Abbeville brièvement (1897),
au lycée d’Angoulème (1897-1903), au lycée de Marseille (1903-1907), au lycée
Lakanal (1907-1912) puis au lycée Henri-IV (1912-1935), tout en enseignant la
grammaire française à l’École normale d’instituteurs de Saint-Cloud (1922-1926)
puis à l’École normale d’institutrices de Fontenay (1926-1935) et, en Sorbonne,
à l’École de préparation des professeurs de français à l’étranger (1922-1935).
Il est, avec Maxime Lanusse, l’auteur d’un Cours complet de grammaire
française à l’usage de l’enseignement secondaire classique chez Belin[50], muni de volumes d’Exercices des mêmes
auteurs chez le même éditeur[51] et avec la collaboration de Léon Garinot[52]. Ces livres eurent un certain succès, comme en
témoignent la douzaine de rééditions du « Lanusse et Yvon ». Mais
Henri Yvon ne s’arrêta pas là : avec Maxime Lanusse et Roger Thabault, il
publie chez Delagrave (« Nouvelle Bibliothèque des écoles primaires
supérieures et des cours complémentaires »), un Cours de langue
française. Vocabulaire, grammaire, composition française, à l’usage des cours
complémentaires, des écoles primaires supérieures, des écoles pratiques de
commerce et d’industrie[53] et Méthode et exercices de langue française[54] et même Mon premier livre de français[55].
Intéressé aussi par la littérature française, il écrivit avec Gustave Dulong des Morceaux choisis des auteurs français. Classes de sixième, cinquième et quatrième[56]. Bon latiniste, il rédigea avec Abel Bourgery une Grammaire latine élémentaire avec exercices puis avec le même une Grammaire latine complète, rapidement assortie d’Exercices latins. Application des règles et méthodes de traduction[57]. Mais Henri Yvon n’est pas seulement d’ouvrages pour les classes : il commit un Imparfait de l’indicatif en français, un commentaire de La Nomenclature grammaticale de 1910 avec l’aide de Maxime Lanusse, ainsi qu’un Dictionnaire des antonymes ou contraires avec indication des synonymes avec l’aide de Marcel Rameau[58]. Président de la Société de Linguistique de Paris en 1929, Henri Yvon écrivit dans de nombreuses revues : Romania, la Revue de philologie française, la Revue universitaire, Le Français moderne…Chevalier de la Légion d’honneur, médaillé de la Croix de guerre 1914-1918 (guerre qu’il fit comme lieutenant puis capitaine d’infanterie territoriale), officier des Palmes académiques, il décéda le 27 novembre 1963 dans la maison où sa mère avait accueilli Péguy lors de ses pèlerinages à Chartres.
Ont été reçues par les Cahiers
de la quinzaine treize lettres d’Henri Yvon de 1901 à 1907 et deux lettres
de sa mère en 1912, qui reçut plusieurs lettres de Péguy lui-même – dont
celles, fameuses, des 18 juin 1912 et 21 juillet 1913. Henri Yvon a échangé une
correspondance non seulement avec Charles Péguy mais aussi avec les péguistes
Daniel Halévy (1919-1952), Auguste Martin (1943-1963) et René Johannet
(1948-1950).
Au vers 160, « un maréchal,
et l’enclume, et la forge » font un bel enjolivement épique : ce
voisin d’en face était un savetier sourd-muet qui battait le cuir sur son pied
de fer ! Jusqu’où pousse la concurrence avec Hugo ! « Booz s’était couché de fatigue accablé ; / Il avait
tout le jour travaillé dans son aire ; / Puis avait fait son lit à sa place
ordinaire ; / Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé. // Ce vieillard
possédait des champs de blés et d’orge ; / Il était, quoique riche, à la
justice enclin ; / Il n’avait pas de fange en l’eau de son moulin ; / Il n’avait
pas d’enfer dans le feu de sa forge. » (Légende des siècles, « Booz endormi », v. 1-8). Or, chez les Yvon, « le jardin était clos dans un coude de l’Orge »
(v. 157), ce que la famille fit d’ailleurs visiter à Péguy :
« On nous fit visiter le jardin potager » (v. 154), dont toutes les
précisions sont exactes : « Il donnait sur la treille et sur un beau
verger » (v. 155) et « vers la droite il donnait sur un mur
bocager » (v. 158). La famille Yvon a même sa spécialité : le
« bœuf en daube » pris à dîner[59] et
au petit-déjeuner (v. 164).
Le tournant du poème est sans
doute au vers 181, dont la « haute terrasse » annonce le début d’Ève[60] et qui correspond à ce lieu de
la route où – ainsi que Péguy l’affirme lui-même – « On voit le clocher de
Chartres à 17 kilomètres sur la plaine. » et où Péguy eut une expérience
mystique : « Dès que je l’ai vu, ç’a été une extase. Je ne sentais
plus rien, ni la fatigue, ni mes pieds. Toutes mes impuretés sont tombées d’un
coup. J’étais un autre homme… »[61] Révélation d’autant plus
surprenante pour Péguy que les manœuvres de 1900 le firent « marcher
devant vous [à 7 km] sans vous apercevoir » (v. 195). Un vers exprime cet
oubli des années d’oubli de la foi et cet oubli des kilomètres à accomplir
encore : « D’ici vers vous, ô reine, il n’est plus que la
route. » (v. 213), et même des montées à gravir. Car venant de l’Orge, on
voit clairement que que la cathédrale est sur un « coteau » (v. 212).
Même si le Hurepoix se trouve coupé « plus souvent par des rideaux de
bois » (v. 112), il reste encore des arbres : « On voit le
clocher de Chartres à 17 kilomètres sur la plaine. De temps en temps, il
disparaît derrière une ondulation, une ligne de bois. » Avant lui, il faut
préciser le chemin de Péguy dans Chartres. Son « Nous passerons ce soir
par le pont et la voûte » (v. 220) donne une indication précieuse :
parmi les nombreux petits ponts chartrains (ils sont quatorze en à peine plus
d’un kilomètre), Péguy a passé par le pont Saint-Hilaire (vert), les rues du
faubourg, de la Porte Guillaume, du Bourg et Saint-Éman, pour déboucher sur le
parvis sud.
« Et ce fossé profond qui
cerne le rempart » (v. 221), creusé en 1357, devant les menaces anglaises,
ne fut pas un obstacle : le pont de bois qui le franchissait a été
remplacé par un pont de pierre en 1747. Après avoir « prié une heure de
prière dans la cathédrale le samedi soir », Péguy descendit à l’Auberge du
grand cerf, au premier étage dans la chambre de gauche (en regardant la
façade) : « Dans cette vieille auberge où pour quarante sous » (v. 227)
on loge et on mange « dans la salle en bas » (v. 268). Certes, le
public de l’hôtel est bruyant (v. 267) et plus encore « les rouliers venus
pour le jour du marché », le dimanche matin (v. 269) au moment de partir
prier dans la cathédrale « une heure […], avant la grand’messe »[62].
Ce « pauvre garçon » du
vers 285 est un camarade de Lakanal d’Alain-Fournier depuis 1905, né en 1888[63] dans le Gâtinais où son
patronyme est fréquent (v. 293), ami de Jacques Rivière et André Lhote, René
Bichet, 1er ex-æquo à l’agrégation de lettres en 1910,
écrivain prometteur, collaborateur de la N.R.F., traducteur du hongrois,
mort le 20 décembre 1912 à la suite d’une piqûre[64] de morphine faite par jeu au
sortir d’une fête des Anciens Élèves de Normale. Les journaux titrèrent à
l’annonce de sa mort : « Mort d’un jeune professeur
morphinomane », ce qui est calomnieux. Il n’eut pas une conduite
suicidaire mais imprudente vis-à-vis de la drogue (v. 299).
On comprend à la lecture des poèmes de Bichet qu’Alain-Fournier ait pu lui faire part, le 17 septembre 1911, de la satisfaction de Péguy lisant « le petit B. ». Voici cette lettre :
Je profite d’un jour de repos
dans une petite maison perdue au bord des bois, comme celle de Jean-le-Rouge,
pour te dire enfin l’opinion de ce paresseux de Péguy sur ton drame [Le
Livre de l’Église, N.R.F., août 1911].
Il m’a dit : « Eh !
bien, ça va, ça va très bien ! » De ce ton qui signifie :
« C’est un des nôtres. Il n’y a pas besoin d’en dire plus. L’effort qu’il
fait est bon. Il tire bien sur notre corde. »
« La seule chose qui me
gêne, a-t-il dit, c’est exactement comme chez Claudel, ce mélange et cette
espèce de confusion entre le profane et le sacré. »
Il y aurait là-dessus beaucoup à
répondre et pour Claudel et pour toi. Mais Péguy n’écoute guère.
D’ailleurs il a vite laissé cela
pour me montrer comment certaines montées lyriques chez toi étaient au moins
aussi belles que celles de Claudel.
Puis il a dit qu’il fallait
beaucoup attendre de toi.[65]
Il y a beaucoup à répondre pour
Péguy aussi : ne s’est-il pas fait une spécialité de mélanger profane et
sacré, y compris dans notre « Présentation » ? Joignons donc au
dossier, pour répondre à la triple accusation lancée contre Bichet (par Charles
Péguy, par des gens qui ne le connaissaient pas puis par Marcel Péguy qui le
prend pour « un jeune imbécile, mort d’un abus de stupéfiants »),
deux poèmes comme autant de pièces justificatives :
Il pleut. Le
soir s’en va Il pleut. Le
soir s’en va dans le penchant des plaines. Il pleut.
L’ondée est lourde aux vieux manteaux de laine Abrités sous
les haies, dans la chute des faînes – Les bœufs qui
labouraient dans les pentes jaunies Sont rentrés.
Les chevaux se gonflent sous la pluie Tandis que
l’Homme, en attendant une éclaircie, Tourné le dos
au vent pour allumer sa pipe, Écrase, dans
la boue vague où elles crépitent, Des flaques
d’eau comme une motte qui s’effrite. C’est le soir
des retours muets dans les charrettes, Des mains
lassées qui vont, lorsque l’âne s’arrête, Cogner contre
le bois comme un fardeau qu’on jette. Il pleut. Tous
les sentiers vont aux champs. C’est le soir Des crucifix
surgis au bord des chemins noirs Et allongés
parmi les remous de l’ornière ; L’angoisse de
la pluie traîne au fond du soir mou, Dans les abois
des chiens qui s’accrochent à vous, Un long miserere venu
on ne sait d’où. |
Quand la nuit sortira des
joncs enquenouillés Je ne vous dirai rien, de
peur que ma voix chaude Ne s’effraie elle-même à
s’entendre parler. Maintenant que l’écho
dormira dans les herbes, Un seul nuage rose éclairera
les champs, Les arbres trembleront comme
les tuiles peintes ; On entendra les pas
merveilleux des amants Dans l’ombre des pommiers et
l’odeur des jacinthes. Je ne vous dirai rien
– mon geste fatigué Vous montrera le ciel posé
sur les champs lisses, Et le rayonnement des fleurs
de cerisier Tiédir comme le soir dans un
dortoir d’hospice. Et votre âme sans voix, sans
rire et sans chanson Au souvenir du jour vibrera
en silence, Comme un arbre d’où s’est
envolé un pinson Vibre de tous ses fruits et
de toutes ses branches. |
Par la suite, les 25-28 juillet
1913, Péguy, accompagné le premier jour de son fils Marcel, fit un deuxième
pèlerinage à Chartres en accomplissement d’un vœu pour la guérison de son fils
Pierre atteint de diphtérie (20 août 1912) ; le 14 avril 1914, accompagné
de la mère, de la sœur et de la nièce de Maritain, il fit un troisième et
dernier pèlerinage à Chartres, en train. Restait ce poème majeur, que nous espérons
n’avoir pas vidé de sa substance spirituelle. C’est au contraire seulement
après avoir éclairé ces points de vie que se peuvent envisager l’étude
théologique et esthétique du poème. Péguy ne l’a-t-il pas voulu, lui qui
s’accordait dans son Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle avec
la pensée de Pascal voulant que « qui veut faire l’ange fait la
bête » :
Il faut se
garder surtout, il faut se garder comme du feu d’entendre un texte, un grand
texte, de le lire dans des sens de littérature, dans des sens littéraires,
d’élégance littéraire, dans des sens de tropes et de métaphores […]. Il faut
donc prendre un texte, il faut donc lire un texte dans toute sa pureté, dans
toute sa littéralité. […] l’homme et le christianisme, l’homme et le chrétien font
une sorte de renforcement, de recoupement extrêmement singulier ; un point
de recoupement où il faut se tenir, d’où il ne faut glisser ni vers en haut ni
vers en bas, ni vers le haut (et ainsi vers en bas, vers le bas), ni
(directement) vers le bas. Vous entendez, il faut prendre ce texte, il faut
prendre ces mots ange, bête dans leur plus grande, dans leur plus pure
littéralité. Ange ne signifie pas ici, il ne signifie pas du tout, il ne
signifie aucunement homme très pur, ou homme très haut, homme très sage, homme
très bon : ce seraient généralement des niaiseries, des fadaises. […]
Parce que c’est un bon texte, un grand texte, un texte enfin, digne de ce nom,
un texte propre, du langage propre, parce que c’est écrit en bon français, en
français littéral, en français propre, en français enfin.[66]
Une lecture figurée, une lecture
désincarnée de la « Présentation », si faire se peut, ne serait pas
éthérée mais, bel et bien, brûlée au soleil de Dieu, « abîmée »
peut-être et tournée vers les Cieux mais perdue pour nous autres pécheurs.
[1] Le Dictionnaire
de rimes de Péguy, celui de Martinon, ne fournit que peu de renseignements
pour l’analyse de la « Présentation ». Péguy juxtapose il est vrai
« droite » et « étroite » (v. 25 et 28),
« gendarmes » et « alarmes » (v. 134-135),
« voyages » et « bailliages » (v. 150-151). Mais il
n’hésite pas à utiliser des mots qui n’y figurent pas
(« désassemblés », v. 7 ; « piétaille », v.
33 ; « Dourdan », v. 137). Le seul point intéressant, technique,
est que le Martinon considère – et Péguy le suit – qu’on prononcer
« meule » (v. 186) comme « seule », moyennant un simple
alongement du son vocalique.
[2] B.A.C.P., n° 98, avr.-juin
2002, p. 196-219.
[3] Es XI-1, Rm XV-12. Aussi traduite :
« tige », « tronc » et même « famille » d’Isaï
(hébreu « Yishay »). Il est vrai que l’arbre de Jessé fait partie des
trois baies de la cathédrale de Chartres épargnées par l’incendie de 1194.
[4]
Art. cité, p. 200.
[5]
Art. cité, p. 212.
[6] Es XXV-8, Os XIII-14, I Co
XV-55. Art.
cité, p. 211.
[7] On ne voit rien qui appuie la
référence à l’Adsum que prononce le prêtre lors de son ordination (art.
cité, p. 202) ni au Fiat de la Genèse au vers 62 (art. cité, p.
205)…
[8] Art cité, p. 202.
[9] Ainsi, les « deux bons
apôtres » du vers 171 peuvent désigner Pierre et Paul (art. cité,
p. 201) mais aussi les deux pieds du pèlerin (car l’expression « bon
apôtre » est antiphrastique et désigna d’abord, ironiquement, un
« homme malicieux » puis les pieds – sens attesté dès 1847 dans le Nouveau dictionnaire complet du
jargon de l’argot, ou le langage des voleurs dévoilé d’Arthur Halbert), ou
bien encore – par report poétique – Péguy et son ami Alain-Fournier, qui ne
l’accompagna pourtant, le 14 juin 1912, que jusqu’à Dourdan (Jean Bastaire, Prier
à Chartres avec Péguy, Desclée de Brouwer, 1993, p. 48 ; cf.
l’ordre aussi étrange dans « l’absoute et la messe » au vers
346 : la première termine l’office des morts et se prononce autour du
cercueil ou du catafalque). – S’il est évident que le premier pape se
surimprime à la figure de Marie dans l’église-Église de pierre-Pierre (art.
cité, p. 201 ; cf. Mt XVI-18 : « Tu es Petrus »)
au vers 81, c’est en revanche saint Paul qui fut particulièrement
« serviteur et témoin » (Ac XXVI-16 ; cf. v. 76). – S’il
est possible que les vers 317-318 renvoient à la prophétie de Syméon (art.
cité, p. 201 ; cf. Lc II-35) accomplie en Jn XIX-34, il faut
avouer que le « tranchant du glaive » est une expression biblique
très fréquente (Gn XXXIV-26, Jos VIII-24 et XIX-47, Jg
I-8, Si XXVIII-18, Lc XXI-23, He XI-34).
[10] Nous restreignons cependant au
vers 74 : « Qui ne fânera point au soleil de septembre » le
rappel de la parabole du semeur (Mt XIII-4-7 ; cf. le même article
qui attribue aux vers 73 à 80 ce rappel, p. 200-201).
[11] Art. cité, p. 209-210.
[12] Vers
337-340 ; un « coteau » paraît au v. 48. – La cooccurrence de
« la cape et le manteau » ne semble pas provenir du livret français
du Comte Ory de Rossini (créé en 1828) par Eugène Scribe et
Charles-Gaspard Delestre-Poirson, où son page Isolier avoue au Comte :
« Je voulais, d’une pèlerine / Prenant la cape et le manteau, /
M’introduire dans ce château. » (acte I sc. 7, v. 26-28, soit à proximitié
du rare « castel », à la rime). – Péguy, comme dans le tableau de
Laurens, portait une cape.
[13] « Stella matutina », « Étoile du matin », et « Refúgium peccatórum », « Refuge des pécheurs » et « Turris Davidica », « Tour de David », v. 9, 65 et 353. Péguy a bien choisi de citer les Litanies, et non d’autres expressions aussi anciennement attestées : « Stella marina », « Lux matutina ». Les Litanies sont si présentes que Pauline Bernon m’indiqua lors du colloque que la « reine de majesté » du vers 193 (cf. v. 103) leur appartenait… ce qui ne s’avère pas le cas. En fait, « majesté » prend ici son sens iconographique (acquis au XIIe siècle, un siècle après ce même nouveau sens de « majestas » en latin médiéval) et désigne le type de la Vierge de Majesté, Sedes sapientiæ : dans une attitude statique et hiératique, assise sur un trône et couronnée comme une « reine » (la baie de la Vierge du portail royal de Chartres, la statue de Notre-Dame de Sous-terre ou celle du Pilier la montrent telle), soit elle porte et montre l’Enfant assis sur ses genoux, soit elle trône à côté de son fils glorieux au jour du Jugement (et le Christ trône effectivement en majesté dans l’œil central de la grande rose de Chartres).
[14] Comme au v. 1, Marie est nommée
« Stella maris » (« Étoile de la mer ») dans le
« Salva nos » plusieurs fois ainsi que dans une vingtaine
d’autres chants liturgiques médiévaux. Saint Bernard explique par cette
expression le nom de Marie.
[15] Le figuré « fardeau moral
lourd à supporter » s’accorde aussi avec l’« immense peine » du
vers 12, à la rime de même en bout de quatrain. J. Bastaire (op. cit.,
p. 72) admet que le pèlerinage permet à Péguy de confier tous ses soucis à la
Vierge.
[16] J. Bastaire, op. cit.,
p. 42.
[17] Les Sept
Traités ou Chapitres dorés, attribués à Hermès Trismégiste, décrit au
chapitre VII les fruits de l’arbre solaire, dont la cuisson produit la teinture
de la Pierre. L’ouvrage estime alors que « l’or est la très précieuse
Pierre sans tache, tempérée, et ne peut être corrompue par le feu, l’air, la
terre, ni l’eau ».
[18] Qui dit
exactement : « Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis
peccatoribus, nunc, et in hora mortis nostrae. Amen. » Le seul
chapelet de la « Présentation » est donc figuré : « De loin
en loin surnage un chapelet de meules » (v. 18 ; cf. v. 186).
[19] « Ave Maria / Sancta
Maria / Maria Mater Dei / Maria Mater Dei / Ora Ora pro nobis peccatoribus /
Nunc et nunc et in hora / Nunc et in hora mortis / Nunc et in hora
mortis nostrae / In hora mortis nostrae / Ave Maria ».
[20] Peut-être Péguy se souvient-il ici de Jules Renard qui définissait la Loire comme « un fleuve de sable parfois mouillé », ce qui est vrai surtout de la Loire moyenne.
[21] Dans Pierre Nozière au
contraire (1899 ; livre I : « Enfance », chap. 7 :
« Monsieur Debas », I), c’est la Seine qu’Anatole France nomme
« fleuve de gloire », après avoir exprimé ses doutes quant au
bien-fondé de la construction de la Gare d’Orsay : « Je l’attends à
voir bientôt, au bord du fleuve de gloire, sur les vieux quais augustes, des
hôtels construits et décorés dans cet effroyable style américain qu’adoptent maintenant
les Francais, après avoir, durant une longue suite de siècles, déployé dans
l’art de bâtir toutes les ressources de la grâce et de la raison. »
[22] Il ne s’agit pas de
Saint-Chéron-du-Chemin, commune renommée Le-Gué-de-Longroi en 1838 et semble-t-il
désignée par Péguy au vers 343, mais de Saint-Chéron tout court.
[23] Vers 170, qui
fait peut-être un jeu de mot allusif. Et Goethe,
lui-même, s’inspira apparemment du Tao Te King pour écrire :
« Wer sich selbst und andre kennt, / Wird auch hier erkennen : /
Orient und Occident / Sind nicht mehr zu trennen. » (« Qui se
connaît lui-même et les autres / Reconnaîtra aussi ceci : / Orient et
Occident / Ne peuvent plus être séparés. »)
[24] Poème « Le
soir d’une bataille », dans les Poèmes barbares. – Le vers 56, « Un
soleil qui descend dans un ciel écarlate », doit provenir moins du Cantique
des cantiques (III-9-10 : « Le Roi Salomon s’est fait un lit de
bois du Liban. / Il a fait ses piliers d’argent et l’intérieur d’or, son ciel
d’écarlate, et au milieu il a placé celle qu’il aime entre les filles de
Jérusalem. ») que du « Qaïn »
des mêmes Poèmes barbares (v. 36-40) : « Vers
le couchant rayé d’écarlate, un œil louche / Et rouge s’enfonçait dans les
écumes d’or, / Tandis qu’à l’orient, l’âpre Gelboé-Hor, / De la racine au faîte
éclatant et farouche, / Flambait, bûcher funèbre où le sang coule encor. »
(cf. B 1530).
[25] « Après la bataille »,
v. 1-5 : « Mon père, ce héros au sourire si doux, / Suivi d’un seul
hussard qu’il aimait entre tous / Pour sa grande bravoure et pour sa haute
taille, / Parcourait à cheval, le soir d’une bataille, / Le champ couvert de
morts sur qui tombait la nuit. » et le chapitre XIV du livre premier de la
deuxième partie des Misérables, chapitre intitulé « Le dernier
carré » et où la phrase « Ulm, Wagram, Iéna, Friedland, mouraient en
eux. » a pu rappeler à Péguy L’Année terrible et
« Sedan », VI, v. 4, 11-12 et 17-18 : « Alors le groupe
altier des batailles, Châlons, / […] Jemmape, Hohenlinden, Lodi, Wagram, Eylau,
/ Les hommes du dernier carré de Waterloo, […] Napoléon, plus grand que César
et Pompée, / Par la main d’un bandit rendirent leur épée. »
[26] Vers 28 : « La route
nationale est notre porte étroite. » renvoie à La Porte étroite
(Société du Mercure de France, 1909) tout comme à Mt VII-14, Lc
XIII-24.
[27] « Dans ce recourbement de notre blonde Loire » (v. 42) n’a pas oublié que, dans Les Trophées, « Sur le livre des Amours de Pierre de Ronsard » finissait comme suit : « Tout meurt. Marie, Hélène et toi, fière Cassandre, / Vos beaux corps ne seraient qu’une insensible cendre, / – Les roses et les lys n’ont pas de lendemain – // Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire, / N’eût tressé pour vos fronts, d’une immortelle main, / Aux myrtes de l’Amour le laurier de la Gloire. »
[28] La « glèbe féconde » du vers 61 utilise une épithète hésiodique (Les Travaux et les Jours, v. 117 : « ἐφέρε ζείδωρος ἄρουρα » ; Leconte de Lisle traduit : « terre féconde ») et homérique – qu’on retrouve chez Lamartine, dans l’épisode des laboureurs de Jocelyn (« Ô travail, sainte loi du monde, / Ton mystère va s’accomplir ; / Pour rendre la glèbe féconde / De sueurs il faut l’amollir ! »), ou chez Maurice Bouchor dans « Le Pain » (1906), où l’aliment éponyme est dit « gonflé de tous les sucs de la glèbe féconde ». Il est en effet question de la « glèbe féconde » dans l’Iliade (ch. II, v. 548 : « τέκε δὲ ζείδωρος ἄρουρα ») et l’Odyssée (ch. III, v. 3 : « ἐπὶ ζείδωρον ἄρουραν » ; IV, v. 229 : « φέρει ζείδωρος ἄρουρα » ; XI, 309 : « θρέψε ζείδωρος ἄρουρα »).
[29] Comparer le vers 324 et « Græcia
capta ferum victorem cepit ».
[30] « Quand
nous aurons posé la cape et le manteau » (v. 338) vient du poème « À
des journalistes de robe courte » (Les Châtiments, livre IV :
« La religion est glorifiée », pièce 4, v. 74 et 76-80) :
« La Bible en vos greniers pourrit mangée aux vers. / […] / Vos cœurs sont
là, tout grands ouverts. // Vous insultez le juste abreuvé d’amertumes. / Tous
les vices, quittant veste, cape et manteau, / Vont se masquer
chez vous et trouvent des costumes. / On entre Lacenaire, on sort
Contrafatto. » En revanche, malgré quelque pressentiment, le vers 176,
« Voici la juste plaine et le secret effroi », ne nous a pas mené
vers quelque poésie d’Hugo ; seule Notre-Dame de Paris (livre IX,
chap. 1) vit Quasimodo qui « gravit lentement l’escalier des tours, plein
d’un secret effroi que devait propager jusqu’aux rares passants du Parvis la
mystérieuse lumière de sa lampe montant si tard de meurtrière en meurtrière au
haut du clocher. / Tout à coup il sentit quelque fraîcheur sur son visage et se
trouva sous la porte de la plus haute galerie. L’air était froid […]. / Il
baissa la vue et contempla un instant, entre la grille de colonnettes qui unit
les deux tours, au loin, à travers une gaze de brumes et de fumées, la foule
silencieuse des toits de Paris, aigus, innombrables, pressés et petits comme
les flots d’une mer tranquille dans une nuit d’été. »
[31] Le vers 6
parodie « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » et le
328, « Le Rhin allemand » (str. 2) : « Nous l’avons eu,
votre Rhin allemand. / Son sein porte une plaie ouverte, / Du jour où Condé
triomphant / A déchiré sa robe verte. / Où le père a passé, passera bien
l’enfant. », poème qui finit d’ailleurs par l’évocation d’autres cathédrales
que Chartres : « Qu’il coule en paix, votre Rhin allemand ; /
Que vos cathédrales gothiques / S’y reflètent modestement ; / Mais
craignez que vos airs bachiques / Ne réveillent les morts de leur repos
sanglant. »
[33] Le vers 356, « Et contempler
de loin votre jeune splendeur. » est à rapprocher d’une des Hymnes à la
nuit (VI : v. 31-34) qui décrit « Die Vorzeit, wo in Jugendglut
/ Gott selbst sich kundgegeben », c’est-à-dire « ce passé où,
dans sa jeune splendeur, Dieu en personne s’est manifesté ». Il n’est pas
impossible que cette réminiscence ne soit confortée par les Litanies invoquant
Marie comme « Splendeur de la Création », qui l’invoquent aussi,
antérieurement, comme « Héritière de la promesse » (cf. v. 347 :
« Reine de la Promesse »).
[34] Voici les
tercets du sonnet « Nous prospérons » (dans La Justice,
Lemerre, 1878, p. 162) : « La tâche humaine est longue, et sa fin
décevante : / Des générations la dernière vivante / Seule aura sans
tourment tous ses greniers comblés ; / Et les premiers auteurs de la
glèbe féconde / N’auront pas vu courir sur la face du monde / Le sourire
paisible et rassurant des blés. » Comparez avec les vers 2, 3 et 61
de la « Présentation de la Beauce » chez Péguy.
[35] L’expression
poétique de « commun trépas » (v. 80) provient du moins d’un proverbe
latin pour la première fois attesté dans les Adages (chiliade III,
centurie 9, n° 12 : « Mors omnibus communis »). Dans ses Stances,
Philippe Desportes écrit déjà : « Tous mes maux prendront cesse en ce
commun trépas » (v. 49 de « Enfin les dieux bénins ont exaucé mes
cris… ») et Malherbe demande dans sa Consolation à M. du
Périer (v. 5-8) : « Le malheur de ta fille au
tombeau descendue / Par un commun trépas, / Est-ce quelque dédale, où ta raison
perdue / Ne se retrouve pas ? »
[36] Vers 276 : « Ni dans nos pantalons nos jambes
engourdies. » Dans L’Île des esclaves
(1715), scène première, l’esclave Arlequin réplique avec mauvaise grâce à
Iphicrate qui l’invitait à partir avec lui : « J’ai les jambes si
engourdies !… »
[37] Vers 208 : « De
l’extrême horizon ce n’est point une yeuse ». On aura reconnu le chêne
vert dit Quercus ilex.
[38] Les vers 49 et 53, qui se répondent (« Nous sommes nés au bord de votre plate Beauce / […] / Nous sommes nés au bord de votre Beauce plate ») ne doivent probablement rien à La Terre (deuxième partie, chap. V), où Zola décrit « la Beauce, l’antique grenier de la France, la Beauce plate et sans eau, qui n’avait que son blé, se mourait peu à peu d’épuisement, lasse d’être saignée aux quatre veines et de nourrir un peuple imbécile » (voir pourtant « l’antique Orléans », v. 46).
[39] Vers 68 : « dedans votre couronne. » Cet emploi, qui remonte au XIe siècle, surtout présent en prose et avec les prépositions « de » et « par », était déjà condamné par Vaugelas en 1647.
[40] Vers 161 :
« devant l’aube », au sens temporel d’« avant » (cf. v.
282 : « Nous nous réveillerons dans une aube lustrale »). – Au
vers 287, « devers la journée » (préposition de temps depuis le XIVe
siècle) est à mettre en rapport avec cette même préposition au sens géographique
dans Victor-Marie comte Hugo : « devers Saclay » et
« le commencement du devers » sont cités de cette œuvre par le
T.L.F.
[41] Ruy Blas, acte II, sc. 4
et Mémoires d’Outre-Tombe, partie II, livre 23, chapitre 1.
[42] Suivant un trajet identique à l’aller
et au retour : « Nous, nous retournerons par ce même chemin. »
(v. 329).
[43] Entretien du 27 septembre 1912
avec Joseph Lotte, F.A.C.P., n° 5, juill. 1949, p. 11.
[44] Lettre de Maritain à Baillet du
31 décembre 1908, p. 100 de Péguy au porche de l’Église, Cerf,
« Textes », 1997.
[45] Où il déjeune à l’auberge ;
J. Bastaire, op. cit., p. 47 et 58.
[46] Nous n’avons guère trouvé, dans la direction de l’Antiquité, que la Légende de la fondation d’Orléans par l’empereur Aurélien après la destruction de Cenabum par César (étude de Jacques Soyer, Orléans, Gout, « Mémoires de la Société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans », 1911), et, dans la direction des caractères de la ville, que la part protestante de son destin : « La différence de nos religions […] est cause du blâme secret que vous ne pouvez vous empêcher de me laisser voir. La vôtre est sévère et sérieuse, la nôtre est vive et tendre. On croit généralement que le catholicisme est plus rigoureux que le protestantisme, et cela peut être vrai dans les pays où la lutte a existé entre les deux religions ; mais en Italie, nous n’avons point eu de dissensions religieuses, et en Angleterre vous en avez beaucoup éprouvé ; il est résulté de cette différence, que le catholicisme a pris, en Italie, un caractère de douceur et d’indulgence, et que, pour détruire le catholicisme en Angleterre, la réformation s’est armée de la plus grande sévérité dans les principes et dans la morale. » (Madame de Staël, Corinne ou L’Italie, livre X, chap. 5).
[47] Vers 138. Une gare relie Dourdan
à Paris depuis 1865, une usine à gaz et éclairage fonctionne à Dourdan dès 1867
[48] Des « dénivellements »,
v. 175, qui faisaient d’ailleurs un détour : « atermoiements »,
v. 174, vers le sud : « Nous sommes remontés par le Gué de Longroy. »,
v. 173.
[49] Le terme à la rime (v. 140) est
propre que le T.L.F. définit comme un « ouvrage de fortification
composé de deux faces qui forment un angle saillant vers la campagne et qu’on
établit, de distance en distance, dans les circonvallations, afin que toutes
les parties de l’enceinte se flanquent réciproquement ». Le château de
Dourdan en effet, reconstruit par Philippe-Auguste, substitua un plan
circulaire aux anciennes tours rectangulaires.
[50] « Classes
préparatoires », 1914 ; « Classes élémentaires »,
1914 ; « Classe de sixième », 1926 ; « Classes de
grammaire et classes supérieures », 1921.
[51] « Classe de huitième »,
1914 ; « Classe de septième », 1915.
[52] « Classes de quatrième et de
troisième », 1923.
[53] 1932 : livre de
l’élève ; 1936 : guide du maître.
[54] « Cours élémentaire »
et « Cours moyen » avec R. Thabault, M. Piquin et G. Texier, 1936 et
1937 ; « Certificat d’études », avec Hector Arnould, 1937,
« Deuxième cycle, cours supérieur, classe de 6e moderne, cours
préparatoires aux E.P.S. et aux cours complémentaires », avec R. Thabault
et Mme Danos, 1942 ; « Cours moyen et supérieur. Classes de septième
et de sixième » avec R. Thabault, 1951.
[55] Avec S. Blin et R. Thabault
(Delagrave, 1940).
[56] Delalain, « Collection
classique », 1928.
[57] Respectivement :
« Classe de sixième », Belin, 1932 ; « Classe de cinquième
et classes supérieures », Belin, 1933 ; « Classe de cinquième et
classes supérieures », Belin, 1934.
[58] Respectivement : Les
Belles-Lettres, « Études françaises », 1926 ; Belin, 1929 ;
Delagrave, « Bibliothèque des chercheurs et des curieux », 1933.
[59] J. Bastaire (op. cit., p. 47) veut que Péguy ait dîné à Saint-Arnould, ce qui contredit la mention du bœuf en daube et même le plan fourni par lui-même (p. 107).
[60] Vers 3. Quant au vers 349 de la
« Présentation » (« Quand nous aurons quitté ce sac et cette
corde »), il correspond sensiblement à un autre vers d’Ève (P
1030).
[61] Entretien du 27 septembre 1912
avec Joseph Lotte, F.A.C.P., n° 5, juill. 1949, p. 11.
[62] Ibidem.
[63] Soit quinze ans après Péguy et
non « vingt ans après », v. 326 ; l’exactitude n’aurait pas
coûté de syllabes…
[64] Ce « défaut dans la
cuirasse », v. 290. Certains datent sa mort du 20 ; J. Bastaire, du
24 ; nos recherches ont abouti au 21, sans certitude.
[65] Alain Fournier, Lettres au
petit B., Fayard, 1966, p. 239.
[66] Ch. Péguy, Œuvres en prose complètes, éd. R. Burac, t. III, 1992, p. 677-678.