Péguy et Geneviève Favre
« […] si
[…] vous tenez absolument à partir la première, et que je vous laisse faire,
vous emploierez votre avance à me recommander à votre grande patronne sainte
Geneviève qui n’aura rien à vous refuser. »
Charles Péguy à
Geneviève Favre, 1er juin 1914 (lundi de Pentecôte)
Féministe convaincue et
d’ascendance lyonnaise, Geneviève Favre devait être évoquée dans ce colloque
sur « Péguy et les femmes ». Les péguistes connaissent déjà bien le
républicanisme viscéral et l'anticléricalisme farouche de la « grande
amie » de Péguy, ainsi que l'importance pour ce dernier des stimulants
« déjeuners du jeudi ». Puisse notre étude préciser le milieu dans
laquelle s'inscrit cette belle amitié, clarifier sa chronologie, et sonder la
profondeur spirituelle où elle se noua.
Nous avons utilisé, avec
profit mais de manière adventice, divers ouvrages sur les Maritain, et au
premier chef Péguy au porche de l’église (1997), diverses revues sur
Péguy et au premier chef le témoignage de Geneviève Favre paru dans Europe
entre les deux guerres (1938) et le témoignage de Jeanne Garnier-Maritain paru
intégralement dans le bulletin de l’Amitié Charles-Péguy 69 (1995) [1]. Sur Jules
Favre, on consultera tant l’ouvrage de Pierre Antoine Perrod, Jules Favre,
avocat de la liberté[2] que deux
autres plus récents : Edmond Benoît-Lévy, Jules Favre et Maurice
Reclus, Jules Favre, 1809-1880. Essai de biographie historique et morale[3]. Nous avons enfin
consulté un assez grand nombre de registres d’État-Civil dans des archives
désormais pour une bonne part disponibles en ligne, qu’elles soient
départementales (notamment Hauts-de-Seine, Rhône, Saône-et-Loire) ou
municipales (Lyon, Paris).
I.
Petite vie d’une grande amie
Souhaitant de
prime abord compléter les informations fournies dans l’annotation de la
« Correspondance Péguy ‒ Geneviève Favre » éditée d’abord par
Maurice Reclus dans Le Péguy que j’ai connu[4] puis par
Julie Sabiani dans les ACP 54, 65 et 66, nous suivrons pour ce faire
l’ordre alphabétique. Les noms qui vont défiler désormais constituent une bonne
part de ce milieu où évolue Geneviève Favre. Aux amis succéderont les membres
d’une famille aux larges ramifications.
1.
Plusieurs drames familiaux, deux enfants, un féminisme sui generis
Geneviève
Favre est la demi-sœur de Berthe Vernier, que Jules Favre éleva comme sa
fille ; elle est aussi la sœur de Gabrielle Favre, épouse Martinez del
Rio, qui meurt en 1905, et de Jules Favre, handicapé mental qui vit sous la
protection de ses sœurs jusqu’à sa mort en 1889. Mais Geneviève est la
confidente attitrée de son père, qu’il est parfaitement juste d’évoquer
succinctement en un colloque lyonnais.
Natif
de Lyon en 1809, lycéen en 1817-1825 puis avoué lyonnais en 1825-1826, il
s’inscrit au barreau de cette même ville, où il exerce comme avocat de 1831 à
1836 ; il défendra ainsi les Canuts en 1834-1835. Il sera député du Rhône
grâce à la popularité ainsi acquise (successivement en 1849-1851, 1863-1869,
1871-1876), puis sénateur du Rhône jusqu’à sa mort (1876-1880). La capitale des
Gaules s’en souvient, qui a donné son nom à un boulevard aux Brotteaux, qui
possède deux bustes du grand homme (l’un conservé à la Préfecture, l’autre au
Musée des Beaux-Arts) et qui fait une place d’honneur à Jules Favre dans le
grand tableau que Louis-Édouard Fournier a consacré en 1896 « Aux gloires
du Lyonnais et du Beaujolais » au premier plan, en plein centre, de
profil.
Geneviève
Favre grandit à partir de 1860 dans l’hôtel particulier du 91 de la rue
d’Amsterdam, à Paris, où elle se livre à de nombreuses lectures puisées dans la
volumineuse bibliothèque paternelle. Baptisée catholique à Rueil le 27 avril
1856, suivant la volonté de sa mère, Geneviève ne reçoit néanmoins pas
d’éducation religieuse. Son parrain, Alphonse-François Odiot, mourra d’ailleurs
en 1859. Son père se rallie au protestantisme vers la fin de sa vie, sous
l’influence des propres convictions de Julie Velten, fille d’un pasteur
alsacien, qu’il épouse en 1874. Geneviève restera toute sa vie durant
farouchement indépendante de toute religion et ennemie des prêtres et autres
directeurs de conscience. Trois faits déterminèrent cette ferme conduite :
« […] un vieux curé de campagne avait tout tenté pour fausser l’esprit de
notre mère, pour l’arracher à son foyer, à notre tendresse […] »[5],
parce qu’elle n’était pas mariée à Jules Favre, ni civilement ni
religieusement ; « […] plus tard les questions indiscrètes d’un
prêtre m’avaient révoltée » ‒ sans doute à l’occasion du baptême de
Jeanne ; enfin, nous ne connaissons pas davantage « le curé de
campagne » qui « a disloqué le mariage de [s]a fille »[6].
Mais
Geneviève Favre s’est elle aussi, dans le sillage du père, convertie au
protestantisme libéral.
Elle
avait eu une enfance très confinée. Car ce que Geneviève Favre ignorait et
qu’elle n’apprit que longtemps après le décès de sa mère, Jeanne Charmont,
c’était que Jules Favre n’était pas marié à sa mère, cette dernière n’ayant pas
divorcé de son premier époux. Ce ménage irrégulier impose à la famille une vie
en semi-clandestinité. Pourtant, Jules Favre ne cesse d’écrire à sa fille
Geneviève quand les obligations politiques l’éloignent du foyer, y compris en
octobre 1870, pendant la Défense nationale, quand, menacé dans sa vie même, il
est emprisonné à l’Hôtel-de-Ville de Paris. Pourtant, Geneviève fréquente
familièrement le Ministère des Affaires étrangères.
Jeanne,
née le 6 mars 1875, a été baptisée catholique le 23 mai 1875 à l’instigation de
son père[7].
Son pârrain : Jules Favre lui-même, son grand-père. Jacques, né en
1882, reçoit le baptême luthérien, à l’instigation de sa mère[8].
C’est
Geneviève qui obtiendra le 15 avril 1886 la garde de ses deux enfants, qui ne
verront leur père, selon le jugement de divorce, que deux jours par mois.
« Nous touchons là un trait essentiel de Geneviève, que nous retrouverons
dans le caractère de sa fille Jeanne. Elle ne supporte pas le partage. Mères,
elles sont tout entières à leurs enfants, au point que plus tard, Jeanne
avouera à sa fille Éveline que si elle n’avait pas eu d’enfants, elle n’aurait
sans doute pas divorcé. C’est un aspect du féminisme des dames Favre
qu’il faut relever, même s’il se comprend difficilement. »[9]
La
vie matérielle de Geneviève et de ses deux enfants en bas âge n’est pas aisée.
Geneviève doit faire pour vivre des traductions d’anglais. Mère attentive, elle
élève son fils pour en faire un nouveau Jules Favre. Elle se lie avec les
Renan, qui ont eux aussi embrassé la religion réformée et dont les enfants
sympathisent avec ses propres enfants.
Jeanne
et Jacques reçoivent de leur mère non point une « éducation laïque »[10]
mais une instruction religieuse, rudimentaire certes mais réelle, confiée à un
pasteur protestant[11],
théologien formé à Genève, Berlin et Heidelberg, professeur à l'École des Hautes Études : Jean Réville, le directeur de la Revue de
l'histoire des religions de 1884 à 1908. Leur mère veut en effet
développer en eux le sens de l’humanité, le soin de l’éthique personnelle, la
passion des idées, le goût du libre débat.
Péguy
les considérera presque comme ses enfants, bien que le plus jeune, Jacques, ne
soit que de neuf ans son cadet : « La bourgeoise que j’étais, au dire
de mes enfants, était à l’unisson avec ce jeune ami dreyfusiste, socialiste…
libertaire même. Il me confiait son affection pour mon enfant, qu’il
considérait lui-même commeun grand fils, et sur lequel il comptait pour être
son collaborateur aux Cahiers, son continuateur. »[12]
Mieux :
deux amis de ces enfants se font une place à la table familiale de
Geneviève : « Maurice, fils d’Onésyme Reclus, Ernest Psichari,
petit-fils de Renan, qui à Henri IV étaient devenus, pour mon fils, les élus
d’une amitié sans pareille, avaient, par l’affection dont ils me comblaient,
pris près de moi la place d’enfants d’adoption. »[13]
Hélas,
les enfants biologiques s’éloignèrent des idées de leur mère. Ils se
convertirent au catholicisme. Pire : ils fréquentèrent Bloy, contre lequel
de nombreuses connaissances prévinrent Geneviève. Péguy tantôt tempère la mère,
tantôt l’approuve. Quand il la tempère, il lui dit : « Ah, mes
enfants peuvent bien devenir curé, psteur, rabbin, je ne me ferai pas de bile
sur eux... »[14]
Maurice fut dès lors un autre Jacques, Ernest un autre enfant que Jeanne.
Jules
Favre n’a cessé de professeur un féminisme éclairé qui a déterminé les propres
conceptions sociales et politiques de sa fille. Certes, comme avocat, il a eu à
« défendre » en 1838 le mari de Flora Tristan, accusé de tentative
d’assassinat sur sa féministe d’épouse… Mais tout oblige à penser qu’il plaida
là par sens du devoir au début de sa carrière, sinon contre sa conscience. Ce
sont les conférences publiques de Jules Favre qui nous éclaire le mieux sur la
définition exacte de son féminisme.
Lors
de la première conférence parisienne de l’hiver 1868-1869, le 10 janvier 1869,
à la Salle Valentino, il invite les femmes à investir la vie de la cité :
« Il faut qu’elles apprennent à devenir citoyennes, qu’elles cessent
d’être indifférentes aux destinées de la patrie, qu’elles se pénètrent de la
science, qu’elles s’affranchissent de tous les jougs, excepté de celui du
devoir et de la moralité… Leur tâche est immense ! Sur les genoux de sa
mère, l’enfant ne doit pas apprendre seulement la tendresse, il faut que son
jeune esprit, comme au matin la fleur cherche le soleil, s’y ouvre à
l’intelligence, reçoive les conseils qui fortifient, élèvent, instruisent et
restent pendant le cœur de la vie les plus salutaires leçons. »[15]
Le
31 janvier de la même année, au Grand Orient de France, il loue la
Convention, qui pensait que les jeunes filles ne pouvaient recevoir de
meilleure éducation que celle dispensée par des institutrices, et il attend
beaucoup de cette éducation, qui fera progresser la cause des femmes. Mais il
est également favorable à l’éducation commune des filles et des garçons, qui,
conjuguée à la généralisation de l’enseignement primaire, permettra de
remporter la guerre contre l’ignorance[16].
Le
13 février 1870, au cirque des Champs-Élysées, Jules Favre cite
Montesquieu : « Montesquieu a dit que la chasteté des femmes était si
bien liée à la grandeur, à la prospérité des Empires, que ceux dans lesquels
elle n’existait pas étaient condamnés à une incurable faiblesse et à une
inévitable décadence. »[17]
Le
4 avril 1874, il prononce à Bruxelles toute une conférence « De la
condition de la femme dans les sociétés démocratiques », où il propose
d’adjoindre à l’idéal démocratique l’égalité des sexes. Jules Favre rappelle la
cruauté des Coutumes de Beauvaisis recueillies et commentées par Beaumanoir en 1283
: « Tout
mari peut battre sa femme, quand elle ne veut pas obéir ou quand elle le
dément, pourvu que ce soit modérément et sans que mort s'en suive… si l’on
en croyait Beaumanoir ! »[18]
Jules Favre évoque à plusieurs reprises la fameuse parabole de la femme
adultère, que le Christ sauve de la lapidation et à laquelle il lance
finalement : « Allez et ne péchez plus. » Il finit sur de hautes
attentes : « Les femmes sont appelées à donner aux institutions
démocratiques leur complément et leur autorité morale, en pénétrant les
associations qui en sont l’honneur et la force, de leur intelligence, de leur
esprit d’ordre et de leur bienveillante justice. Les sociétés modernes sont en
droit de beaucoup exiger des femmes, puisque c’est d’elles qu’elles attendent
le plus légitime et le plus solide fondement de leur grandeur. »
Citons
encore, et pour en finir avec le féminisme de Jules Favre, ce passage
épistolaire et privé que Geneviève elle-même recopiera pour Caroline Baudouin
en 1909 : « Les femmes représentent la gracieuse mise en œuvre des
choses indispensables. Elles ont véritablement l’art divin qui voile de poésie
toutes les trivialités de l’existence. Elles écartent ce qui blesse, ce qui
chagrine, ce qui arrête et le comble de leur existence est de déguiser leurs
actions. Que d’hommes sont ainsi heureux sans soupçonner un instant la
charmante industrie dépensée en leur honneur : ils sont ingrats par défaut
de clairvoyance, et les femmes le leur pardonnent pourvu qu’ils jouissent de ce
qu’elles font pour eux. »[19]
Ces
convictions paternelles, Geneviève les fait siennes et les dépasse même. Non
qu’elle soit influencée par sa belle-mère, qu’elle n’apprécie guère, et ses
traités d’éducation féminine, qui feront d’elle en 1880 une excellente
directrice de la toute nouvelle École normale supérieure de Sèvres.
Après
la Première Guerre mondiale, Geneviève Favre trouvera dans l’idéologie
communiste l’antidote aux maximes proudhoniennes : « Courtisane ou
ménagère ! »[20]
et « Plutôt la réclusion que cette prétendue émancipation pour la
femme ! »[21]
Son
féminisme, né des affirmations paternelles, du drame sentimental vécu par ses
parents, de l’échec de son propre mariage, s’exprime dans une plaquette de
1932, Le Droit à la maternité, restée assez confidentielle[22].
L’auteur y constate une situation dramatique : le nombre des foyers
mon-parentaux (femmes abandonnées ou mères seules) explose, ainsi que celui des
avortements, à cause d’une liberté sexuelle assez nouvelle, favorisée par
l’appel des hommes sous les drapeaux, le travail en commun, des mœurs très
relâchées. Or cette liberté sexuelle de la femme est « la négation de la
maternité » : « Le droit à la maternité, revendiquez-le, au
contraoire, sans répit pour celles qui veulent être des femmes dans la plus
haute acception du mot, luttant pour leur affranchissement, en tant qu’épouses
et mères, pour celles qui respectent en elles le germe de vie déposé par un
amour qu’elles respectent aussi. »[23]
Écartant
la solution trop facile de la stérilisation temporaire de la femme, parce
qu’elle se fait « contre la Nature » alors que le véritable
adversaire est « le plaisir déchaîné qui est néfaste »[24],
Geneviève Favre s’attaque au grand fléau de l’avortement clandestin. L’enfant
illégitime doit avoir les mêmes droits que l’enfant légitime. Une éducation
sexuelle doit mettre l’accent sur la volonté personnelle, sur la maîtrise de
soi-même. Le mariage tel que le définit notre vieux Code civil français patriarchal doit
être réformé hardiment : plus d’autorité maritale, mariage et divorce
libres (après 18 ans, pour la femme), séparation des biens avec communauté
d’acquêts, paternité établie sur déclaration de la femme (l’homme ayant tout de
même un certain délai pour contester). L’adultère ne serait plus réprimé.
Certes, Geneviève
Favre prône la chasteté avant le mariage : un certificat prénuptial sera
nécessaire au mariage, qui implique une éducation familiale indispensable à son
tour ; et elle pense que la monogamie constitue la forme achevée du
progrès moral de l’humanité.
Le génie des femmes n’est pas
d’effectuer les mêmes tâches que les hommes, comme cela été le cas dès août
1914, mais de former la cellule familiale, comme l’esprit protestant, qui a
soufflé en libérateur de la femme, le conçoit : « Si la Femme a donné
à l’homme le symbole tragique du Paradis perdu, elle a mis au cœur des êtres la
solennelle liberté du choix, l’inépuisable soif du Bien, de l’amour, de la
pitié et, dans l’âme, l’essor ascensionnel vers la beauté. »[25]
La Révolution russe, qui
entendait mettre l’homme au service de la classe ouvrière pour sa libération
collective, n’est pas sans fournir un modèle concret à ces théories. Pourtant,
le vocabulaire utilisé par l’auteur demeure pénétré d’un ton évangélique :
« Quelles sont en effet ces femmes en théorie, dont ma vie a côtoyé et
admiré les vies ? Elles appartiennent aux différentes classes de la
société : peuple, intellectuels, bourgeoisie ; elles sont
athées ; elles ont parcouru la voie étroite, épineuse, plusieurs la voie
douloureuse ; toujours tête haute, sensibilité exquise, dévouement
illimité, sacrifice fièrement consenti ; héroïsme même devant la cruauté
des plus déchirantes immolations, sans croyance religieuse, oui, mais foyer,
elles-mêmes, de la puissance de l’Esprit. »[26] Féminisme étonnant d’une
femme original qui se disait « communiste spiritualiste » et qui
mourut persuadée de l’immortalité de l’âme, ayant retrouvé la foi par la
lecture attentive des spiritualistes de l’Inde. « Décédée dans le
Communion de la Foi Chrétienne »[27], elle avait été accompagnée
pendant ses dernières heures par le pasteur luthérien pacifiste Henri Roser[28].
Ses derniers mots la
rapprochèrent singulièrement de Jeanne d’Arc, au souvenir d’Henri Roser :
« Fidèle à la conviction de toute sa vie, Madame Favre a exprimé le ferme
désir de demeurer libre, à l’heure de la mort, de toute appartenance
confessionnelle, et c’est pourquoi, conformément à son vœu, nous nous sommes
abstenus de célébrer ses obsèques dans un temple. Mais elle n’en a pas moins
voulu se mettre, selon son humble expression, sous la protection de notre
foi évangélique à l’heure dernière, et c’est pourquoi, suivant sa volonté,
un pasteur de l’Église réformée vient ici apporter les paroles de l’espérance
et de la foi. […] Dans ces derniers mois, elle s’employait encore, pour servir
l’avenir, à écrire de sa ferme écriture et de son esprit merveilleusement
lucide, une mise au point de ce que, mieux que personne, elle connaissait de la
pensée de son cher Péguy. […] Quinze jours avant sa mort, comme après une
sérieuse alerte qui la laissait épuisée, je priais auprès d’elle à haute voix,
elle trouva assez de souffle pour ajouter comme la prière suprême après
laquelle sa propre vie n’entrait plus en compte : Pourvu que l’humanité
soit sauvée ! et tôt après elle dit encore : Il faut relever
la France. »[29]
Notons
pour finir que ce fut Geneviève Favre qui déposa à la bibliothèque
Marguerite-Durand, dont la directrice, Jeanne Perrot, dite Harlor, était
d’ailleurs une amie intime de madame Favre, tout un fonds d’archives de la
« Ligue internationale des femmes pour la Paix et la Liberté » et de
la « Ligue internationale des Mères et Éducatrices pour la Paix »[30],
deux mouvements dont elle était membre[31].
2.
Les amis de Geneviève Favre : Acollas, Borel et alii
La « famille Acollas », de « lecture incertaine[32] », désigne la famille d’Émile Acollas (1826-1891), l'un des fondateurs en 1867 de la « Ligue de la Paix et de la liberté », à Genève. Précoce opposant à l’Empire, il avait été condamné à un an de prison pour des raisons politiques et s’était exilé en Suisse, où il fut titulaire d’une chaire de droit. Jules Favre, devant le tribunal correctionnel de la Seine, plaida pour le juriste, dont il vanta l’existence désintéressée, sans rien cacher des opinions démocratiques radicales de son client[33]. L’avocat eut ce mot inspiré : « Le Congrès de Genève n'a été pour l'œuvre qu'il se proposait, qu'un grain de sénevé ; mais ce grain de sénevé deviendra l'arbre gigantesque qui abritera sous son feuillage les enfants des peuples. » Après être rentré à Paris, d’abord emprisonné pour avoir fomenté une Fédération démocratique de l'Europe unie, Acollas fut nommé par la Commune doyen de la Faculté de Droit. En 1880, il fut nommé inspecteur général des établissements pénitentiaires[34].
« Borel »,
non identifié[35],
ne peut être qu’Émile Borel (1871-1956), mathématicien spécialiste des
fonctions. Ancien Barbiste et normalien, Borel est alors (1908) maître
de conférences à l'École normale, poste où il fut nommé à l’âge de vingt-six
ans. D’abord abonné des Cahiers, il s’en désabonnera en
1911, jugeant leur ligne trop catholique. Ont déjà été décrites les
discussions animées du couple Borel, « avec Paul Langevin, Jean Perrin,
Jules Drack, mais aussi Jacques Maritain, Pierre et Marie Curie […], Léon Blum, Edouard Herriot, parfois Charles Péguy[36]. »
Marguerite Appell avait épousé Borel en 1901 et tenait un salon à la fois
scientifique et littéraire en vogue à la Belle Époque ; elle et son mari
avaient créé en 1906 La Revue du mois,
au succès immédiat.
« M.
Charmont », décrit en note comme « un universitaire pacifiste », n’est pas Marie-Jean-Baptiste-Louis-Jules Charmont (1849-1889), oncle de Geneviève Favre[37]. Si madame
Favre l’appelle « mon cousin », c’est que ce professeur à la Faculté de droit de Montpellier
est Joseph-Léon-Marie Charmont (1859-1922),
fils du beau-frère de la mère de Geneviève Favre. Sa fille l’accompagnait chez
cette dernière[38] : Paule Charlotte Suzanne Charmont (1889-1961).
« M. Coulon[39] » ne peut désigner
que Georges Coulon. Né en 1838, ancien
préfet, vice-président du Conseil d’État[40], beau-frère de Camille Pelletan, il eut
l’honneur de funérailles nationales en 1912. L’un de ses six fils, Jean-Paul
Coulon (1881-1963), élève d’Henri-IV, présenta à son camarade Maritain Robert
Debré (qui à son tour lui fit connaître Péguy).
Même si la famille Dubrujeaud
n’est pas inconnue, il est ardu d’identifier ce « Dubrujeaud » que
Geneviève Favre appelle « mon ami » et qui participa à au moins un
dîner avec Péguy en 1908[41]. Est-ce Albert Dubrujeaud, journaliste
chroniqueur et romancier populaire (1852-191.), qui collabora notamment au Gaulois
et à l'Écho de Paris ? C’est peu probable : l’homme vivait
retiré déjà, près d’Avallon, sur les terres d’Anna Judic (1849-1911), sa
compagne. Est-ce Léon Dubrujeaud (1846-1920), ancien entrepreneur de maçonnerie
devenu le 16 janvier 1907 président de la Chambre de commerce de Paris[42] ? Il était administrateur
du Sous-Comptoir des Entrepreneurs et du Crédit industriel et commercial.
Membre de la Société historique d'Auteuil et de Passy, il demeurait 4, rue
Freycinet, et était lui aussi de la génération de Geneviève Favre. Est-ce plutôt
son fils André, né en 1877 et attaché aux Arts décoratifs, qui meurt pour la
France en octobre 1915 ? Sa mère, née Marie Doucet, était la sœur du
couturier parisien Jacques Doucet (1853-1929). Et André avait un frère :
Jean Dubrujeaud (1880-1969), qui fut un temps chargé de la collection
Doucet… Même sans savoir précisément de qui il s’agissait, il y a fort à parier
que le sympathique convive fut l’un de ces trois derniers.
« Finot », en 1905[43], désigne Jean Finot
(1856-1922), directeur de la Revue des revues de 1892 à 1922.
« Qui
est Léonie ? », demande Julie Sabiani[44].
Sont exclues Léonie Baillet, sœur de Louis Baillet née en 1872, devenue madame
Jules Fandeux, qui vivait à Blois[45],
ou Léonie Hadwina Dauprat née Gaultry, fille d'un notaire de Fontainebleau, qui
est quant à elle liée à Bloy : Geneviève Favre n’a pu la désigner comme sa
« chère petite Léonie » ! En revanche, Péguy a envoyé en juillet
1914 une carte de visite à Léonie Albert Isay, sur laquelle, en dehors de son
nom, nous ne sommes guère renseigné[46]…
S’agit-il de la fille d’Albert Lazard Isay ? Il semble que oui. Ce
dernier, né en 1861 à Vic-sur-Seille, ancien élève du lycée de Nancy, ancien chargé
de cours de mathématiques au Prytanée militaire et néanmoins auteur de quelques
vers publiés dans une revue régionaliste en 1903, l’année où il devient
officier de l'Instruction publique, était alors (1906) professeur au lycée
Carnot[47].
Il résidait au 30, rue Juliette-Lamber, dans le XVIIe
arrondissement.
« M.
Maux » qui donne des nouvelles de Maritain à Péguy[48] est une erreur de lecture pour Marix.
« M. Monier[49] » devrait faire l’objet d’une note : qui
est-il ? Ce point reste obscur pour nous, même si nous nous demandons, eu
égard au contexte médical qui entoure l’évocation par Geneviève Favre de ce
patronyme, s’il ne s’agirait pas là de Léon Monier, docteur en médecine (Contribution
à l'étude pathogénique des infections dentaires, Paris, 1904), ancien
interne des hôpitaux de Paris, dentiste et stomatologiste réputé.
Une lettre écrite en 1910 évoque un dénommé Salas, « ami-élève[50] » du philosophe et historien Émile Clermont (1880-1916)[51] : « [...] Clermont me parle encore de
l'émotion qu'il a éprouvée à vous lire. Son ami-élève, le jeune Salas a partagé
ses sentiments en connaissant Notre jeunesse. Ce jeune homme (petit-fils
d'Eiffel) désire beaucoup vous être présenté. » C’est une erreur de lecture. Georges Salles
(1889-1966), fils d’Adolphe Salles (1858-1923) et de Claire Eiffel (1863-1934),
elle-même fille aînée de Gustave Eiffel, né en 1889, licencié en droit et ès
lettres, se trouve mêlé dès sa jeunesse au monde des arts et des lettres. Il
est le plus cher confident de Clermont[52] et
aime à voyager avec lui. Croix de guerre 1914-1918, il fera une carrière de
conservateur à la Direction des Beaux-Arts (1921-24), aux Musées nationaux
(1924-26), à l'École puis au musée du Louvre (1926-41), au musée Guimet
(1941-45), pour finir Directeur des Musées de France (1945-57).
Enfin,
quelques détails de cette correspondance demandent des mises au point.
1907.
Afin de nourrir la note au toponyme Varce, il faut, à propos de Pierre Termier,
renvoyer aux Grandes amitiés[53].
1910. Péguy mentionne la
« nuit du quatre août » en pensant à celle de 1789, pendant
laquelle l'Assemblée nationale procéda à l’abolition des privilèges, reconnaissant
l'égalité de tous devant l'impôt et l'emploi[54].
1910-1933.
Les domestiques ont un nom : Angèle[55], c’est Angèle Baton, bien
connue des spécialistes de Jacques Maritain ; et Thérèse[56]
n’est autre que Thérèse
Bonnard[57], au service de Geneviève
Favre depuis 1910[58].
1911.
L’« intervention chirurgicale subie par G. Favre » est une opération de
l’appendicite[59].
1913.
« Tapret[60] » n’est pas n’importe quel « médecin ».
Odile Tapret
(1845-1921), docteur en médecine (Étude
clinique sur la péritonite chronique d'emblée,
Paris, 1878), membre de la Société anatomique, de la Société clinique et de la
Société de laryngologie, ancien interne des hôpitaux de Paris,
était chef de service, depuis 1895, à l'Hôpital Lariboisière. C’était « non
seulement un de nos plus éminents praticiens, mais aussi un esprit lettré, un
ami des arts, et un connaisseur en littérature, en peinture et en musique ». Il déploya sa bienveillance
auprès d’un patient peu commun atteint de rhumatisme articulaire qu’il soulagea notablement :
Verlaine. Châtelain de Dammartin-sur-Tigeaux, il était aussi maire de la commune depuis 1908.
1913.
Les « trois ans » allusifs d’une lettre séparent en réalité Péguy du
mariage de Blanche[61].
2. Des généalogies in
progress et une signature de Péguy retrouvée
Paul Maritain, prétendument
cousin germain de Geneviève Favre, serait né en 1841 avec les prénoms de Claude-Philibert-Marie-Anne
et n’aurait pris que par l’usage familial ce prénom de Paul... Quant à la
belle-mère de Péguy, elle serait née en 1855 et se serait mariée en 1874 avec
Antoine-Albert Baudouin né en 1836… La documentation, y compris la plus sérieuse
a priori, présentant des données erronées à ce point, nous avons
reconstitué à nouveaux frais la généalogie de Geneviève
Favre et celle
de Péguy, à l’aide des registres d’état civil d’archives départementales (69,
71, 92) ou municipales (Lyon, Paris).
Trois arbres figurent donc
ci-après : le premier centré sur Geneviève Favre ; le deuxième allant
de sa mère, Jeanne Charmont, à son mari, Paul Maritain ; le troisième
centré sur Étienne Prunier, c’est-à-dire cet « Étienne », qui est
« parent des Baudouin[62] » et au mariage duquel
assiste Péguy comme témoin, ce que montre l’acte d’état civil en date du 5
février 1898. La lettre du 13 août 1909 de la correspondance Geneviève Favre ‒ Charles Péguy serait
incompréhensible sans savoir qui se cache derrière les patronymes Prunier et
Lefort[63].
*
II. « Technique de
l’amitié » : lettres et déjeuners
1904-1914, ce furent pour Geneviève Favre « dix ans d’affection, de confiance, d’émotion,
d’admiration[64] » dans l’amitié de
Péguy. Quand les deux amis ne se voyaient pas, ils s’écrivaient…
1. Les mots d’une affection
progressive
Robert
Burac avait déjà remarqué que Péguy écrivait « mon petit » ou « mon
enfant » à son aînée de 17 ans, certes menue femme[65] ! Les
formules de politesse présentes au début des lettres nous renseignent en effet
sur l’approfondissement de la belle amitié entre Péguy et Geneviève Favre. Voici la
progression dans les noms donnés au correspondant, telle qu'elle ressort de
l’examen de cent six lettres et d’une dédicace.
Péguy
à Favre
1904-1907,
1911 Madame
1905-1909
Chère Madame
1910-1912
grande
amie
août
1910 si
grande amie
nov.
1910 amie
avr.
1911 [dédicace] grande
amie et confidente
juill.
1911 pauvre
amie
sept-déc.
1911, sept. 1913 ma
chère enfant
sept.
1911 ma
chère et grande amie
déc.
1911 citoyenne
et camarade
déc.
1911 pauvre
enfant
1912-1914
ma
chère amie
mai
1912 - avril 1913 ma
pauvre amie[66]
mai
1912 femme
que vous êtes
juin
1912 - août 1913 ma
grande amie
mars-nov.
1913 mon amie
août-oct.
1913 mon
petit
janv.-mai
1914 ma fidèle
amie
mai-août
1914 mon
enfant[67]
mai
1914 chère
et grande enfant
juill.
1914 chère
amie[68]
L’expression à retenir, outre
une apostrophe politique comme « citoyenne et
camarade » ou
une exclamation irritée comme « femme que vous êtes », est sans doute
« grande amie[69] », puisqu’elle est
entrée dans l’œuvre même de Péguy non moins que (cela n’a jamais été remarqué)
dans le titre choisi par Raïssa Maritain pour ses souvenirs : Les
Grandes amitiés.
Favre
à Péguy
1905-1909
Cher M(onsieur)
Péguy
août
1909 Cher
Monsieur et ami
mars
1912 mon
si cher ami
mai
1912 mon
grand ami
mai
1912 mon
cher grand ami
août
1914 mon
ami
Geneviève Favre eut, on le
constate, beaucoup plus de retenue et varia moins son expression[70]. Cela n’empêche pas
d’accorder crédit à la constatation rétrospective de 1938 : « Péguy
était vraiment un envoyé. Il prit immédiatement une place prépondérante
dans ma vie, emplissant ma solitude de sa présence. »[71]
Il n’en reste pas moins que
la formule « mon ami », aussi dépouillée que solennelle, répond au
tour choisi par Péguy pendant le même été fatidique : « chère
amie », lourd de sens, malgré son emploi par ailleurs courant, si ce n’est
conformiste.
Parfois,
il semble que Péguy et Geneviève Favre forment un couple.
Péguy
écrit avec joie à Geneviève Favre, le 18 novembre 1911 : « Aubriot
nous demande à vous et à moi d’être ensemble ses témoins à son mariage. nous
voici compère et commère. je lui réponds que c’est entendu et que nous l’aimons
beaucoup »[72].
Voici comment Geneviève raconte l’événement : « j’étais prête et dans
mes plus beaux atours ; […] par chance, je ne fus pas réprimandée, mais
louangée sur ma jolie toilette : il était fier de l’élégance de sa
commère. […] C’était, pour nous, toute une aventure : nous étions
comme deux écoliers en rupture de discipline ; pendant le trajet que de
propos malicieux sur notre rôle de témoins, nous qui étions des sceptiques du
mariage. »[73]
Péguy fait tout à la fois un fils et un mari pour son hôtesse, qui s’exprime
ainsi en 1938 : « […] estimant de mon devoir d’interdire ma maison
contagieuse à mes amis, j’avais, avec vif regret, sapé nos chères
coutumes : les deux jeunes sagement soumis ; mais l’aîné, lui, le
père, se rit de mes craintes : vite, pendant un temps assez long, nous
fûmes donc, les jeudis, seul à seule. » Les « deux jeunes »
semblent être Reclus et Psichari.
En effet, cette manière de couple Favre-Péguy
a deux enfants spirituels parallèles : Maurice Reclus, auteur d’une thèse
de doctorat ès-lettres sur Jules Favre[74],
et Ernest Psichari. Un jour de décembre 1912, se souvient Geneviève Favre,
« nous ramena Ernest Psichari, enfant de mon cœur, pour lequel, pendant
ses quatre années de Mauritanie, j’avais été hantée par les plus folles
inquiétudes. »[75]
Le premier restera fidèle et le second trahira en étant « pris par les
curés » au mot de Péguy, tirant de Geneviève Favre ce cri de
douleur plus de 25 ans après les faits : « […] que nous étions
ensemble dans ce nouvel effondrement […]. »[76]
Alors, Péguy dut revenir sur les dispositions qu’il avait demandé à Geneviève
Favre de prendre. En 1911, il avait dit à son amie : « Mon enfant, je
vous recommande de léguer, par testament, et, par moitié, les lettres que je
vous ai écrites, à Maurice, à Ernest. »[77]
En 1913, il lui annonce avec gravité : « Toutes les lettres que vous avez, que vous aurez de moi, seront, dès aujourd'hui, léguées à Reclus, seul. Vous me promettez de faire cela tout de suite. »[78] Reclus et Péguy auraient le
plus soutenu Geneviève Favre face à la conversion soudaine de ses
enfants : « Alors, ces fidèles, tous les deux, comprenaient ma
stupeur, mon chagrin, mon refus à croire cette conversion possible. »[79]
Geneviève Favre se rappelant les obsèques de Péguy, elle écrit :
« Mme Péguy seule et moi nous nous rapprochâmes dans le même profond
chagrin. »
D’autres fois encore, Péguy semble un père : « Comme pour mon
père, je fus pour Péguy saisie de respect, d’admiration, d’émerveillement
devant sa personnalité puissante, sa bravoure, son cerveau créateur, sa volonté
de lutte contre le mensonge et l’injustice. »[80] D’ailleurs, « le drame
religieux de Jeanne Charmont fut très proche, toutes proportions gardées, de
celui de Péguy »[81]. Mais Péguy reprochait à
Jules Favre de n’avoir pas été de la Commune, brisant l’identification[82].
2. Rencontres
intellectuelles : invités et discussions des jeudis et autres jours
Madame Favre fut la maîtresse de maison des déjeuners du jeudi, qui réunirent, depuis
1904, au 4e étage du 149 rue de Rennes, un petit cercle familial et
amical de sympathisants des Cahiers de la quinzaine. Tout commença par
une cascade de présentations de proche en proche.
En 1901
(Lucien Mercier tenait pour 1899[83]),
Péguy rencontra Jacques et Raïssa Maritain par l’entremise du jeune Robert
Debré. Peu après, probablement en 1901 (Henriette Psichari tenait pour 1903),
Péguy rencontra Jeanne Maritain et Ernest Psichari par Jacques Maritain. Toujours
par Jacques Maritain mais en 1903 (Reclus tenait pour 1904-1905), Péguy
rencontra Geneviève Favre[84]. Enfin,
c’est en 1904 que Péguy rencontra Maurice Reclus[85]
(contre Reclus lui-même qui tient pour 1905 !) et Gabrielle Favre[86]
par l’entremise de Geneviève Favre. Maurice Reclus fut un convive
habituel des déjeuners du jeudi chez madame
Favre ; de
10 ans plus jeune que Péguy, neveu de trois communards, chef de cabinet
ministériel, il préparait une thèse sur Jules Favre[87].
Ces
deux dernières rencontres aurent lieu à la table de madame Favre, dont Péguy devint un familier et où défilèrent un
grand nombre d’autres convives. Outre Jeanne, Jacques et Raïssa[88] Maritain, outre Geneviève et
Gabrielle Favre, Ernest Psichari[89] et Maurice Reclus, Péguy put
y discuter avec : Émile Borel et sa femme, Schlumberger[90], Marie Maillard et son mari[91], Georges Coulon, Georges
Salles, Claude Franchet (amie de Jeanne Garnier-Maritain) et son ami Henri
Charlier[92]…
Madame Gorius, une vieille et
pauvre brodeuse qui vivait non loin du Panthéon[93], visitée d’abord par Péguy
dans le cadre de « La Mie de pain » puis qu’il recommanda à Geneviève
Favre et à sa fille, venait parfois chez elles, pour quelque travail à
effectuer ou simplement pour parler. Péguy la saluera au moment de partir à la
guerre, et Geneviève ira cueillir des fleurs sur la grand’tombe de Villeroy
pour madame Gorius, qui souhaitera même se faire enterrer avec ledit bouquet[94].
Par Péguy, Geneviève Favre
fut présentée à Charlotte Péguy, ainsi qu’à tout le clan Baudouin, et elle eut
parfois à sa table Germaine[95] ou même Charlotte seule pour
remplacer Péguy[96].
Par Péguy encore, elle
rencontra même Cécile Péguy[97]. Vers la fin de 1907, la
sympathie commune de Péguy et de sa mère pour Geneviève Favre contribue pour
une bonne part à les réconcilier[98].
Geneviève Favre fit la
connaissance de Blanche, qui gagnera sa sympathie[99].
Péguy présenta également à
madame Favre Pierre Laurens, qu’elle tenta de réconcilier avec Péguy après la
brouille occasionnée par Lucas de Pesloüan ; elle joua ce rôle
d’intermédiaire entre Péguy et les Laurens principalement en 1913-1914[100].
Enfin, Péguy
et Geneviève Favre assistèrent ensemble
(mais non point seuls !) à des cours de Bergson au Collège de France le vendredi[101]. C’est bien Péguy qui fit
découvrir Bergson à la famille Maritain : « Celui qui nous fit
traverser la rue, celui qui nous a fait passer d’une maison à l’autre, fut
justement l’ennemi déclaré de l’historicisme sorbonnien, ‒ Charles
Péguy. / Un jour donc, ayant vu que notre déception était complète, il
nous emmena au cours de Bergson[102]. »
Et il est souvent question
dans la correspondance échangée entre Geneviève Favre et Péguy d’autres jours de
rencontre que le jeudi. Péguy voulut déjeuner ou déjeuna chez Geneviève
certains lundis[103], mardis[104],
un mercredi[105], quelques vendredis[106], un samedi[107]. Il est également question
de dîner et d’après-dîner un lundi soir, deux mardis soirs, deux jeudis soirs[108] et un fameux mercredi en
tête-à-tête dans un restaurant de Versailles[109]. Ou Péguy déjeunait bien le
jeudi avec Geneviève mais ailleurs qu’au 149, rue de Rennes[110]. On déjeunait également dans
la famille de madame Favre : chez Jeanne Garnier-Maritain
un samedi, chez Jacques un lundi[111].
Inversement, Geneviève Favre rendit plusieurs visites à Lozère, que ce soit
pour dîner[112] ou
pour réparer les dégâts occasionnés par son fils en août 1909.
L’absence de lettres ne doit
pas toujours systématiquement signifier que nos deux amis ne se voient plus. Au
printemps 1905, Albert Baudouin, beau-frère de Péguy, rend une visite
quotidienne à Geneviève Favre, alors en peine à cause de l’état de santé de sa
sœur[113]. Fin 1910 et début 1911,
c’est au tour de Péguy lui-même de rendre quotidiennement visite à Geneviève
Favre, qui vient de subir une opération chirurgicale[114].
Ce qui peut non pas rompre
mais interrompre la correspondance ou la série des jeudis, ce sont les
éloignements de Geneviève Favre, que Péguy, assez casanier, n’ira pas rejoindre par
exemple à Pontaubert[115].
Péguy déjeune encore chez elle
le jeudi 30 juillet 1914 et sonne le 1er août pour lui recommander
sa famille pendant la guerre ; il passe même deux nuits chez elle, du 2 au
4 août 1914, et quitte son amie par une déclaration solennelle : « Je
pars comme soldat de la République, pour la dernière des guerres, pour le
désarmement général[116] ! » ou :
« Grande amie, je pars, soldat de la République, pour le désarmement
général, pour la dernière des guerres[117] ! »
Cette belle amitié, aux
discussions enflammées ponctuées de grands moments de rire[118], connut donc des tensions,
quelques jours de froid, mais pas plus. Pourtant, les sujets étaient souvent
graves : annonce difficile du mariage de Jacques et Raïssa Maritain
(novembre 1904)[119], âpres négociations
financières sur la situation des Cahiers (septembre 1905, avril 1909),
Jacques Maritain avouant à sa mère avoir trouvé la foi (mars 1907)[120], querelle entre Péguy et
d’autres convives (Borel en février 1908, Charmont en novembre 1910),
discussions politiques acharnées autour de Jaurès (20 mai 1909, jeudi de
l’Ascension)[121] et de la loi des trois ans
(notamment en août 1913 et mai 1914)[122], brusquerie du converti
Jacques Maritain à Lozère (22 juillet 1909)[123], attitude vexatoire de
Thérèse face à un bouquet apporté par Péguy (mai 1912), divorce de Jeanne et
Charles-Marie Garnier (notamment en mai 1912), qui s’étaient rencontrés à la
Boutique des Cahiers, conversion au catholicisme de Psichari en février
1913[124]…
À son amie, en tête-à-tête,
Péguy parle de l’avancement de ses œuvres[125], de ses soucis familiaux les
plus intimes, dont la grossesse de sa femme, Geneviève Favre l’invitant pour sa
part à changer de comportement envers sa fille…
Les deux amis songèrent à
diminuer la distance qui les séparait. Le 24 mai 1907, Péguy écrit à Jacques
Maritain en ce sens et avec joie : « Votre mère et votre sœur ont été
reconduites, par éliminations successives de toutes les autres hypothèses, à
chercher une maison d’été entre Palaiseau et Orsay. Voyez comme il serait
salutaire que nous fussions voisins et habitués pendant plusieurs mois[126]. » Le projet n’aboutit
pas.
3. Quatre moments
clefs : 1909, 1910, 1912, 1914
La vaste correspondance
Geneviève Favre ‒ Charles Péguy est inégale ; il nous a
semblé bon d’en citer trois lettres importantes : « Ils s’écrivaient
assez souvent, Péguy envoyant à notre amie de courts billets parfois sans
signification particulière (rendez-vous, excuses pour le déjeuner du jeudi,
etc.) mais d’autres fois, chargés de sens, d’intentions, de formules où le plus
authentique péguysme jaillissait magnifiquement[127]. »
La première lettre ci-après,
en 1909, montre combien Geneviève Favre avait pris à cœur la bonne entente du
ménage Baudouin-Péguy. La deuxième livre ses sentiments les plus intimes sur
l’existence. La troisième montre le degré de profondeur auquel était parvenue
sa lecture de l’œuvre de Péguy.
Le 13 août 1909, Geneviève Favre écrit à Caroline Baudouin :
Hier, bonne conversation avec M. Péguy que j’ai trouvé
si calme, si bon, si désireux d’être heureux au sein de sa famille que j’en ai
eu une joie très consolante ; oh oui, ne détruisez pas de charme ;
laissez-vous vous en pénétrer. Madame Péguy tient entre ses mains votre bonheur
à tous. Je lui ai dit un jour que c’est une grande science que de savoir être
la femme d’un homme supérieur ; peu à peu elle acquerra cette
science ; que de jour en jour elle devienne plus femme dans la noble
acception du mot et que vaillamment, comme elle sait le faire, elle défende ce
trésor de bonheur contre les pauvres naïfs qui l’entraîneraient si on les
laissait faire. Vous êtes là, la guidant : ce doit être si doux, si
bienfaisant d’être guidée par sa mère ! Permettez-moi de glisser dans
cette lettre quelques lignes (copiées) de mon Père qui aimait et comprenait les
femmes. Épouses et époux peuvent en tirer profit[128].
Le 7 septembre 1910,
Geneviève Favre, tout en avouant apparemment à Péguy ne pas bien comprendre
pourquoi Blanche continue de voir Péguy après son mariage aussi souvent
qu’auparavant, lui confie ses convictions existentielles les plus
profondes :
Étrange ce que
vous m’écrivez ‒ plus je vieillis, plus j’ai peine à comprendre les
jeunes, les femmes surtout :
l'évolution profonde qu'elles subissent les fait trop différentes de moi.
Décidément pas un être ne vaut qu’on lui donne le meilleur de soi : ceci
dit sans diminuer mon indulgence, ni hausser mon orgueil ‒ pas plus que les camarades, je n’ai mérité si précieuse
offrande : tout l’inexprimable qui est en nous doit être consacré au
compagnon idéal de notre vie, à Celui qui jamais ne déçoit[129].
[…]
Je ne peux pas songer à mon salut[130], ce n’est pas dans mes moyens : ce qui me harcèle,
c’est la pensée de la misère humaine coudoyée par l’impassibilité de notre
égoïsme : je voudrais avoir à dépenser des trésors de bonté, de forces, et
réussir à soulager, à apaiser ce mal dont Dieu veut que nous triomphions. Je
suis si inférieure à la tâche proposée : toujours arrêtée dans mes élans.
Je pense beaucoup à la mort : sans aucune
préoccupation de mon salut, mais avec une ardente aspiration à un
recommencement, à une possibilité d’existence nouvelle me permettant le
perfectionnement de mon être. Rien ne s’efface des actes que l’on
regrette : alors, combien est consolant l’espoir de revivre et de mieux faire :
l’espoir d’être comme vous une flamme qui passe et brûle droit.
Résignation d’émoussement… oui, vous avez raison : c’est elle qui inscrit, au bas
d’une lettre endeuillée, m’apprenant la mort d’une jeune femme protestante,
mère de 25 ans : Dieu est amour ! ‒ Résignation déchirante ‒ belle et troublante expression. ‒ Mais est-on réellement résigné, lorsque, devant l’événement
qui meurtrit, on rebondit sur soi-même pour faire jaillir le plus pur de son
sang[131] ?
Le 1er octobre
1912, Geneviève Favre écrit à Péguy une lettre théologique intéressante, dont
les interrogations sont autant de splendides réponses :
Comment nous
avoir donné de si belles pages sur l’Espérance et se laisser ainsi envahir par
le découragement ? ‒ Rien ne m’est plus rien ! et que
murmureront les anciens, dont je suis, qui, abreuvés de déception, persévèrent
dans leur tâche ingrate la tête haute, le cœur palpitant d’espoir !
[…]
Hier, pendant
que votre lettre courait vers moi, j’allais sous la forêt d’or et de pourpre[132] à la rencontre du bûcheron
dont, une fois, je vous ai parlé ‒ être d’exception qui vous ressemble
comme un frère aîné, et dont on pourrait dire qu’il est de ceux qui auront
vécu leur vie humaine pour l’établissement de la république socialiste
universelle. Misère, calomnies, vengeances, il a tout subi et reste
inlassable dans sa lutte fraternelle pour l’affranchissement de la pauvre
classe. ‒ Il révère le Christ qu’il nomme : le doux philosophe.
‒ Lui-même est doux, gai, fier. ‒ De quel foyer peuvent jaillir de
telles flammes d’enthousiasme et de sacrifice ?
[…]
Avant de
m’éloigner de Pontaubert, avant de vous revoir, je me demande et vous demande
pourquoi, dans cette retraite, d’année en année, s’enracine en moi la certitude
que Dieu compte sur vous pour réaliser une œuvre bienfaisante et
souveraine ! et que le jour où vous aurez le courage de secouer le joug
d’un passé oppressant, vous serez l’esprit de lumière éclairant et consolant
les âmes modernes[133] !
C’est encore Geneviève Favre
que le 14 avril 1914 Péguy accepte de rejoindre à Chartres, pour une sorte de
troisième et
ultime pèlerinage
apparemment improvisé :
Oui, le mardi
de Pâques, l’indéracinable Péguy, cédant aux implorations de notre trio, était
à midi à Chartres, déjeunant avec ma fille, ma petite-fille et moi :
‒ cela s’appelait une victoire de trois suppliantes.
Ensuite,
ensemble, nous franchîmes le seuil de la cathédrale tant aimée.
Sous ces hautes
nefs, où s’est, à jamais, accrochée son âme, nous étions, à ses côtés, dans une
émotion prodigieuse[134]…
III. La Tapisserie de
sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc
Raïssa Maritain nous fait
part de l’une de ses admirations picturales : « De Puvis de Chavanne,
dont les fresques décorent le Panthéon, je trouvais belle surtout la Sainte
Geneviève veillant sur Lutèce endormie. Est-ce qu’elle a cessé de veiller
sur sa ville ? S’est-elle elle-même endormie du sommeil des Bienheureux
devenus insensibles à la beauté de ce monde qui passe ? »[135] Il est une autre Sainte
Geneviève notable que la Belle Époque vit entrer dans l’histoire des arts :
la sainte Geneviève de Péguy, telle qu’elle (re)paraît dans ses poésies
régulières, nommément sœur en quelque sorte de l’amie Geneviève Favre.
Nous nous détournerons donc de
la prose dans cette ultime examen, même si la même Raïssa Maritain fait une
curieuse imitation de l’hymne à Paris qu’on trouve dans la belle prose poétique
de Péguy, imitation d’ailleurs peut-être inconsciente dans Les Grandes
amitiés[136] :
« Toi dont
l’air est si léger et le ciel gris si doux ; toi dont les monuments
harmonieux et délicats racontent avec une discrétion si pure une si longue, et
tragique, et merveilleuse histoire ! Ô ville de sainte Geneviève et de
saint Denys, ville de Psichari et de Péguy ! Ville de Racine et de Pascal,
de saint Vincent de Paul et des Sœurs de Charité.
Ville des poètes
et des peintres glorieux. Ville de Victor Hugo et de Baudelaire. Ville de la
Concorde et des Champs Élysées, ville où saint Thomas a enseigné, ville où
saint Louis a régné, ô ville de Notre Dame !
Joyau très
précieux de la beauté du monde, de quel roi, de quel peuple racheté orneras-tu
la couronne ? Oh, que ce soit le Roi de paix et de justice, un peuple
d’humanité et de sagesse. Et que bientôt Dieu te relève de ta très grande
humiliation. »
1. Dédicace et communion des
saints : du biographique à l’hagiographique
Il faut verser à ce dossier
deux fois où Péguy désigne Geneviève Favre dans ses « œuvres dramatiques
et poétiques ».
Il s’agit d’abord une rapide
allusion dans le corps même du Porche : « Geneviève notre
grande amie »[137], formule à clef que comprend
tout de suite l’intéressée : « C’est d’un fil d’or que restera
toujours pour moi marquée cette soixante-douzième page du Porche du mystère
de la deuxième vertu »[138].
Il s’agit ensuite d’un hommage
explicite dans la dédicace bilingue de la TSG[139] : « à madame
Geneviève Favre / communis urbis atque antiquae patronae in fidem aeternam »
(« sous la protection éternelle de l’antique patronne de la ville qui nous
est commune »), comme si Péguy reprenait à son compte une erreur
d’interprétation commise par Geneviève Favre[140] concernant une lettre
précédente de Péguy[141] complétant un premier envoi
allusif[142]. Reprenons le fil de ces
lettres : (acte I) Péguy envoie d’abord à son amie, en pièce jointe, un
sonnet exclusivement consacré à Sainte Geneviève, désignée dans le corps de la
lettre comme « le premier d’une neuvaine à votre grande patronne ».
Deux semaines plus tard (acte II), Péguy affirme écrire « toujours »
(c’est là la raison de la méprise de sa correspondante) « pour votre
patronne et la mienne » ; dans son esprit la chose est entendue, il
s’agit des saintes Geneviève et Jeanne d’Arc ; dans l’esprit de Geneviève,
Péguy en tant que Parisien affirme considérer sainte Geneviève comme sa
patronne. D’où sa question le surlendemain (acte III) : « Est-ce
notre commun amour pour Paris qui nous réunit sous la protection de la même
patronne ? » Et soucieuse d’appuyer son interprétation sur le sonnet
reçu par elle, elle le cite dans la phrase suivante : « Et Ste Geneviève
me sera-t-elle indulgente parce que je donnerais mon sang pour le monstre de
pierre ? » Enfin (acte IV), Péguy, loin de rétablir la vérité,
conforte son amie dans sa méprise, en écrivant sa dédicace.
Enfin, Péguy sait associer
Geneviève Favre, dans sa correspondance avec elle, à la fête de ces Saints
Innocents qui lui ont inspiré le troisième Mystère de Jeanne d’Arc :
« C’est demain les saints Innocents. Vous pouvez vous vanter que c’est
déjà votre fête. Vous êtes la créature la plus innocente qu’on ait jamais
vue. »[143] Péguy précise sa pensée
quelques jours après, le 1er janvier 1912, en désignant son
amie avec tendresse comme une « sacrée petite républicaine au grand cœur
qui n’a pas pour deux sous de cervelle »[144].
En prose au contraire, Péguy
ne fait aucun clin d’œil à sa lectrice de la rue de Rennes. Il évoque pour la
première fois et rapidement sainte Geneviève aux côtés de saint Louis, pour les
camper tous deux en protecteurs de Paris, dans De la situation faite au
parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire
temporelle[145]. Sainte Geneviève ressurgit
au détour d’Un nouveau théologien, M. Fernand Laudet[146], mise en parallèle cette
fois avec une autre « bergère » : Jeanne d’Arc, dans une
association prometteuse qui conduira Péguy à La Tapisserie de sainte
Geneviève et de Jeanne d’Arc. Mais le fait que les allusions à Geneviève
Favre prennent place dans la poésie ne nous semble pas restreindre l’importance
de cette amie mais signaler plutôt, au contraire, son élection : Geneviève
Favre est par excellence la confidente de Péguy en matière religieuse (avec
Joseph Lotte) et sentimentale (avec Pierre Marcel).
Geneviève Favre est la grande
confidente des peines de cœur de Péguy, C’est à elle qu’il écrit le lendemain
du mariage de Blanche, le 31 juillet 1910 : « Songe, songe, Céphise,
à cette nuit cruelle »[147]. Au front, chaque fois que
Péguy le pourra, il écrira d’une même « bordée » à sa mère, à sa
femme, à Blanche Bernard et à Geneviève Favre[148]. Enfin, le 23 août 1914,
c’est à Geneviève Favre qu’il demande martialement de « pousser une
reconnaissance » du côté de Blanche, dont il n’a rien reçu depuis trois
semaines[149].
Geneviève Favre n’est pas à proprement parler la
grande confidente de l’évolution religieuse de Péguy dans la mesure où
elle-même s’est éloignée de la pratique et professe un virulent
anticléricalisme issu de deux mauvaises expériences : deux fois des
prêtres ont voulu s’immiscer dans sa vie en censeurs, deux fois elle a dû
rompre avec leur influence délétère. On pourrait donc penser que
Lotte et Maritain, ses coreligionnaires, ont été pour
Péguy les principaux confidents de son retour à la foi comme de la
manifestation de sa foi retrouvée : à eux la primauté de la confidence et
les détails théologiques. Mais Geneviève a eu sa part de discussions
spirituelles, et la correspondance entre les deux amis témoigne de ce que Péguy
n’a rien caché de son évolution religieuse ; mieux : n’a-t-il pas
avec délicatesse déployé certain zèle afin de l’associer à la foi ? Nous
nous rallions de ce point de vue-là à Jacques Maritain dans les réserves qu’il
adressait le 9 mars 1937 à sa mère à propos du premier jet des souvenirs
qu’elle réunit sur Péguy[150] : « Tu ne vois pas, ma chère maman, que
lorsqu’il tenait des propos comme ceux que tu rapportes, il y avait en lui tout
un mélange de sentiments, et que par tendresse pour toi il tâchait de ménager
tes préjugés anticléricaux tout en suivant ses propres préjugés anticléricaux
(qui n’étaient pas tout à fait de même nature), et tout à la fois de t’éclairer
sur certaines réalités religieuses qu’il voyait mieux que toi, de te faire
comprendre que tout en restant libre et éloigné des bigots il était
cependant chrétien-catholique » (nous soulignons) et :
« Pourquoi avoir l’air de ne pas t’apercevoir que bien des choses qu’il
t’écrivait à la fin, avec une exquise délicatesse, provenaient justement du
désir de t’amener un peu plus près de sa propre foi ? […] Ce serait
un grave contresens de prendre un encouragement à aller plus loin pour une approbation
de rester sur place. »[151]
Si l’amitié de Péguy pour Geneviève Favre détermine
dans une large mesure la place toujours croissante dévolue à sainte Geneviève
dans l’œuvre de Péguy, de 1907 à 1914, c’est dans le titre même de la TSG que
ce rapprochement est le plus éclatant.
La Tapisserie de sainte
Geneviève et de Jeanne d’Arc est un recueil poétique dont, à l’aune des
manuscrits, il faut revaloriser l’importance. Est-ce à dire que Péguy reste
dans les clichés de son époque, voyant en Jeanne comme en Geneviève deux
bergères ? Oui, mais sans les priver pour autant de leur importance
politique ni de leur sens de l’Histoire.
Toujours est-il que, sous
notre regard a posteriori, cette concordance des dates qui étonne Péguy
constitue comme une pierre d’attente de poèmes à venir. S’ajoute à cela un
autre anniversaire que Péguy aperçoit : c’est en 1912 les 900 ans de la
mort de Geneviève. Or en 1912 Péguy achève une trilogie de Mystères à
Jeanne d’Arc. Sa première intention le portait à bâtir une cathédrale de douze
mystères consacrés à la Pucelle, mais ces 900 ans en opposent à son esprit et
son inspiration le porte vers sainte Geneviève, pour changer. D’ailleurs, il ne
sera point besoin d’abandonner Jeanne, puisque beaucoup d’éléments les
réunissent. Cela dit, l’anniversaire est passé. Reste… les célébrations
annuelles en hommage aux saintes. Et la prochaine, c’est la neuvaine de sainte
Geneviève, célébrée tous les ans à Saint-Étienne-du-Mont. 900 ans, une
neuvaine : l’idée germe à l’été 1912, et semble plus réalisable que douze
mystères.
La neuvaine est un des
meilleurs moyens d’obtenir les grâces célestes et manifeste tant la confiance
que la persévérance, deux qualités de notre écrivain dans le domaine même de
l’écriture : il se fie à son inspiration jusqu’à digresser
allégrement ; il persévère tant dans ses opinions que le moindre mot
couché sur le papier lors d’un brouillon est immanquablement dans le texte
publié. Et puis la neuvaine de prière permet, dans la détresse, de demander de l’aide
aux saints. Or Péguy en a besoin. Le tourmente sa passion pour Blanche Bernard,
que l’écriture d’une ballade n’a pas réussi à faire taire, puisque l’exorcisme
reste inachevé. Le chiffre 9 lui convient bien, qui est le chiffre de
l’imperfection, celui qui convient à la nature mortelle et à l’homme dans son
imperfection. Certes, Péguy s’indignait en 1904 du faste avec lequel la mort de
Zola avait été commémorée : « […] ne nous a-t-on pas fait une semaine
sainte, une neuvaine ; sentiment religieux et naissance de la
démagogie. »[152] C’est lui qui souligne les
termes religieux seuls à même de décrire l’ambiance de ce deuxième
anniversaire. Mais Péguy ne sacrifiera pas à tous les actes de piété qui peuvent entourer une neuvaine,
pour le fidèle : communion, jeûne, oraisons, vénération des reliques,
procession, discipline, œuvres… Non, pour Péguy, la neuvaine sera poétique. Il
ne s’agit pas de plagier le répons de sainte Geneviève, Fecit quod
placuit, ni l’antienne de la sainte Benedicat te Dominus avec le
verset Omnia ossa, ni les oraisons Deus qui ancillam tuam Genovesam
et Pro civitate. Non, ce qui lui plaît, c’est d’abord la simplicité.
Celle du mot de Trochu dans La
Guerre de France et le Premier siège de Paris. 1870-1871, le cahier XIII-3 qu’il a publié le 8
octobre 1911 : « Soyez tranquilles, ma femme fait une neuvaine à Sainte-Geneviève. » Laissant de
côté la neuvaine qui sera célébrée à Saint-Étienne-du-Mont du 3 au 11 janvier
1913, Péguy entend élaborer une neuvaine littéraire non liturgique.
Pourquoi donc une
tapisserie ? Là encore, les explications ne manquent pas. Certains ont
récemment cherché une explication dans des lectures de Péguy, mais qui restent
conjecturales[153]. Pierre Péguy pensait que sa
sœur Germaine avait offert à leur père un ouvrage en tapisserie et que cela
avait donné à son père l’idée d’écrire une tapisserie ; la mère, Charlotte
Péguy, estimait cela probable sans plus[154]. Quant à nous, sans nier le
cadeau juvénile, nous nions la conséquence. C’est comme si l’on disait que
parce que, chez Geneviève Favre, Péguy aimait à s’asseoir sur un banc de
tapisserie[155], Péguy nomme l’œuvre qu’il
dédie à madame Favre Tapisserie ! Le fait est curieux mais ne
suffit pas, à lui seul, à tout expliquer.
La raison en est simple,
quoique personne jusqu’à présent ne l’ait trouvée. Plusieurs saints se
disputent le patronage des tapissiers : saint François, saint Louis, saint
Lubin, saint Sébastien… Mais leurs patronnes sont beaucoup moins nombreuses.
Sainte Barbe est reconnue comme la patronne des tapissiers à Aubusson, à
Felletin et dans les Flandres. Mais la documentation montre qu’à Paris, Alost
ou Bruges, au moins depuis le XVIe siècle, les tapissiers se placent
parfois sous le patronage de sainte Geneviève[156]. Ce choix est compréhensible
si l’on se souvient que c’est précisément vers le milieu du XVe
siècle que Geneviève, qui n’avait peut-être jamais gardé un mouton de sa vie,
fut assimilée à une bergère et représentée gardant ses moutons et filant comme
une certaine Jeanne, contrairement à l’iconographie génovéfaine antérieure[157]. On comprend mieux pourquoi
Reboux et Müller se moqueront de Péguy en forgeant les fameuses « Litanies
de Sainte-Barbe », dont la kyrielle de répétitions est directement
inspirée de notre Tapisserie[158] : les deux saintes, Barbe et
Geneviève, sont traditionnellement associée aux tapisseries.
Est-ce
avec rage ou désespoir qu’il dut congédier cette dame entrée aux Cahiers
pour y acheter un ouvrage à la main : la Tapisserie de sainte Geneviève
qu’elle prenait pour un modèle de tapisserie pieuse[159] ?
Sans doute avec désespoir, témoin ce bon mot qu’on trouve dans une lettre du 5
septembre 1913 à son ami Claude Casimir-Perier : « On demeurera
surpris que Molière, qui n’a jamais fait de tapisserie, ait été nommé tapissier
du roi, et que moi, qui passe ma vie à en faire, je n’aie pas été nommé
tapissier de la République. »[160]
Pendant le mois d’octobre
donc, Péguy, même s’il n’en écrit presque rien à ses correspondants, se donne
entièrement à la rédaction de ce jour VIII qui grossit plusieurs fois avant de paraître ;
il n’en sort plus, à tel point qu’il lance dans la foulée du jour VIII un autre
poème, celui-là qui restera à l’état de brouillon et qui l’occupe peut-être
jusqu’à la fin du mois d’octobre, si Péguy même n’en continue pas la rédaction
après l’achèvement du jour IX... Une seule confidence à Lotte, le 19 octobre,
semble évoquer en termes flous ces vers restés inédits jusqu’aujourd’hui :
« j’en recopie actuellement cent par jour. »[161] Une telle quantité peut
correspondre au huitième jour de la Tapisserie de sainte Geneviève ou à
ce poème inédit dont nous savons peu de choses et que nous désignerons
désormais comme un « brouillon d’un jour inédit ».
Le jour IX reçoit pour sa
part la marque d’achèvement le 23 octobre.
2. L’étrange vocabulaire de
la partie inédite…
La quantité n’est pas
indifférente en soi : les vers se pressent chez Péguy quand sa passion
devient irrépressible, même quand ils traitent de sujets religieux. Curieux
accomplissement de la felix culpa : l’aveu crypté de sa passion
permet à Péguy d’assouvir quelque peu son désir en même temps qu’il entre dans
la perspective du Jugement dernier et du rachat, non sans méditer profondément
sur l’épisode de la vigne de Naboth qu’on trouve au premier livre des Rois et
qui par la suite ne fera qu’affleurer dans Ève[162]. 1900 vers écrits dans le
sillage d’une œuvre qui en compte 1200 sont à même de changer le regard que
l’on porte sur cette œuvre au titre si pieux, notamment à l’aune des raisons
qui ont présidé à la mise à l’écart d’une quantité de vers si importante. La Tapisserie
de sainte Geneviève est, avant la Tapisserie de Notre Dame, une
œuvre bien plus intime et plus autobiographique qu’on ne l’a cru jusqu’ici.
Le passage que nous livrons
aux lecteurs du Bulletin, en attendant la parution prochaine d’un livre
sur le sujet, constitue au moins par le vocabulaire utilisé, sinon par le sens
même de vers qu’on peut à bon droit juger assez obscurs, une confidence
sentimentale dans la droite ligne des aveux relatifs à Blanche livrés de vive
voix à Geneviève Favre. Cette « grande amie » ne fut-elle donc pas
fidèle à l’écu familial des Favre de Savoie[163] tout autant qu’à Péguy, pour
avoir professé un virulent pacifisme que figure cette grise colombe au rameau
d’olivier, pour avoir gardé le secret des confidences de Péguy que symbolise
cette clef d’or sur le fond rouge de la passion, pour avoir enfin lutté contre
l’empire néfaste du « Moi »[164], comme emprisonné au bas de
ce blason que nous reproduisons ci-après ?
il fallut qu’elle vît la femme de ménage[165]
bousculer le vieux meuble et l’antique calame
et que l’âme et le corps liés pour la même dame
après un si long temps fissent mauvais ménage
[…]
il fallut qu’il advînt qu’au jour du mariage
l’homme montra la femme et fut trouvé forcé
et qu’il montra son fils et qu’il fut divorcé
car tous les trois étaient d’un mauvais[166] alliage
il fallut qu’il advînt qu’au jour du mariage
l’âme montra le corps qui[167] fut trouvé forcé
mais le corps montra l’âme et en fut divorcé
car tous les deux étaient d’un contraire alliage
il fallut qu’il advînt qu’au jour du mariage
l’âme montra le corps qui fut trouvé blessé
mais le corps montra l’âme et il en fut laissé
car tous les deux menaient un contraire ménage
il fallut qu’il advînt qu’au jour du métayage
l’homme montra sa ferme et les greniers comblés[168]
et Dieu prit la moitié des orges et des blés
car il était Seigneur et maître du fermage
il fallut qu’il advînt qu’au jour du moissonnage
l’homme montra sa meule et sa machine à battre[169]
mais Dieu qui sait compter prit deux gerbes sur quatre
pour en pétrir le pain du Nouveau Témoignage[170]
[…]
il fallut qu’il advînt que le jour du moulage
l’homme jouait sa côte et qu’il gagnait sa femme
fut-ce un très grand profit et que le corps et l’âme
fussent ainsi doublés par un commun partage
[…]
il fallut qu’il advînt que le jour du doublage
le corps était doublé de ce pauvre être l’âme
et l’homme fut doublé du pauvre être la femme
et le sort fut doublé pour un double voyage
[…]
il fallut qu’il advînt le jour de l’abreuvage
l’abreuvoir est public et qui veut vient y boire
qu’on vit ces paysans fils de la Forêt Noire
perdre leur âme au jeu, leur femme et leur ménage[171]
Mais cette œuvre
confidentielle, si proche de révéler combien ce grand « dérèglement du
cœur » faillit devenir passion adultère, de par son propos général faisant
hommage à sainte Geneviève ne pouvait que convenir au clan Baudouin, pourtant
guère confit dans le culte habituel et orthodoxe des saints. La Tapisserie
de sainte Geneviève ne fait-elle pas une manière de remerciement en action
de grâces à sainte Geneviève pour avoir perpétué le clan Baudouin ?
Relisons ce secret de Caroline Baudouin confié à Jacques Maritain et que ce
dernier, non sans indiscrétion, se hâter d’écrire au père Clérissac le 24
juillet 1909 : la belle-mère de Charles Péguy, peut-être dès ses
fiançailles avec Charlotte, avait « prié sainte Geneviève de lui procurer
dans les enfants de Péguy la continuation et le remplacement, l’exacte
substitution de son fils, de ce fils mort sans baptême, qu’ils appellent un saint. »[172] Pourquoi avoir prié cette
sainte en particulier ? Pour trois bonnes raisons. Marcel, tombé malade à
Dreux, est décédé au 7 rue de l’Estrapade (25 juillet 1896) à Paris. Il est
décédé au domicile de ses parents, Parisiens. Et c’est au 5e étage
de la même adresse, parisienne, que s’installeront les nouveaux mariés (28
octobre 1897 - 14 juillet 1899). Vision originale que celle d’un Péguy, mâle
reproducteur, perpétuant le clan Baudouin par intercession de la patronne de
Paris ! Paris… Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire de ce sujet :
Péguy et Paris. Mais ceci est un autre colloque et Lyon n’est point le lieu
d’en parler !
[1] À compléter
avec la « Correspondance Péguy - Jacques Maritain » due à Auguste
Martin, FACP 176, avril 1972, pp. 1-39.
[2] Pierre Antoine
Perrod, Jules Favre, avocat de la liberté, Lyon, La Manufacture, « Histoire », 1988.
[3] Respectivement :
Picard-Bernheim, 1884 ;
Hachette, 1912 (2e éd. : Hachette, 1913). Nous avons trouvé en vente un exemplaire de cet ouvrage dédicacé à
l’« ami » Victor Boudon (page de faux-titre), assorti d’un télégramme
manuscrit signé « Maurice Reclus » et contrecollé sur la page de
garde. Dans une lettre manuscrite à en-tête du Ministère de la Guerre, collée
sur l'envers du frontispice, et datée du 4 août 1916, Maurice Reclus, qui
évoque l'ouvrage de Boudon sur Charles Péguy Mon lieutenant Charles Péguy,
explique à ce dernier qu'il a peu connu Péguy, ne l'ayant approché que pendant
quatre ou cinq semaines…
[4] Maurice Reclus, Le Péguy que j’ai connu, Hachette,
1951.
[5] Europe,
p. 158.
[6] ACP 94,
p. 233.
[7] Lequel finira
désabusé, à en juger par le dossier confectionné en aout 1899 et destiné à son
fils lorsque ce dernier aurait atteint sa majorité : « Il est un
temps pour croire aux enseignements de l’Église, ce temps ne dure que les jours
de la pieuse enfance […] ; il est un temps pour aimer une femme, et ce
temps passe comme le reste ; il est un temps pour éprouver les ardeurs
généreuses de l’ambition et l’ambition se dissipe à son tour comme une vapeur
légère ; il est un temps où règne la foi et cette foi nous abandonne enfin
sans espoir de retour. Que reste-t-il de cet amas de ruines ? La
curiosité et le souvenir. Quand un homme a bu à toutes les fontaines, quand il
a joué tous les rôles, que lui reste-t-il ? Demain, je reprendrai le cours
de ma curiosité en attendant l’heure, trois fois bénie, où la mort, cette amie
suprême, risquera de prendre pitié de moi. » (cité dans Jean-Louis Barré, Jacques
et Raïssa Maritain. Les mendiants du ciel, Stock, 1998, p. 26).
[8] À Romain
Rolland, au soir de sa vie, elle écrira à propos de Péguy : « […] il
est au service de la vérité de Jésus, comme l’a été Luther, et plus
révolutionnaire que lui. »
[9] P. A. Perrod, op.
cit., p. 573.
[10] P. A. Perrot, op.
cit., p. 576.
[11] Europe,
p. 158. Romain Rolland note la situation paradoxale de madame Favre :
« […] cette vieille protestante, (qui se croit sincèrement libre-penseuse,
dégagée de la religion), veut voir en son Péguy, ‒ que les catholiques agrippent et courent de
leur pavillon, ‒ un second Luther ! »
[12] Europe,
p. 148.
[13] Europe,
p. 150.
[14] Europe,
pp. 157-158.
[15] Jules Favre,
« De l’influence des mœurs sur la littérature », cité dans P. A.
Perrod, op. cit., p. 502.
[16] J. Favre,
« De l’avenir de l’enseignement populaire », cité dans P. A. Perrod, op.
cit., p. 504.
[17] J. Favre,
« Les devoirs civiques », cité dans P. A. Perrod, op. cit., p.
506. Cf. Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, livre VII,
chap. IX : « De la condition des femmes dans les divers
gouvernemens ».
[18] J. Favre,
« De la condition de la femme dans les sociétés
démocratiques »,
cité dans P. A. Perrod, op. cit., pp. 517-518.
[19] ACP 66, p. 90 ; le texte original se trouve dans
la lettre écrite de Constantine (Algérie) à sa fille le 14 avril 1873.
[20] Pierre-Joseph
Proudhon, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la
misère, Guillaumin, 1846, t. II, p. 254 ; cf. Le Peuple,
31 mai 1848 et La Pornocratie ou Les
Femmes dans les temps modernes, Lacroix, 1875, p. 67.
[21] Pierre-Joseph Proudhon,
La Pornocratie ou Les Femmes dans
les temps modernes, op. cit., p. 67.
[22] Geneviève
Favre, Le Droit à la maternité, Marcel Servant, 1932, 57 pp. On ne sait
pourquoi Perrod (op. cit., p. 585) date l’ouvrage de 1931 et l’estime édité à
compte d’auteur.
[23] G. Favre, op. cit., p. 6.
[24] G. Favre, op. cit., p. 14.
[25] G. Favre, op. cit., p. 53.
[26] Geneviève
Favre, Le Droit à la maternité, op. cit., p. 54.
[27] Faire-part de
ses funérailles, qui cite le verset 6 du chapitre V de l’Évangile selon
saint Mathieu : « Heureux ceux qui ont faim et soif de Justice,
car ils seront rassasiés. » (P. A. Perrod, op. cit., p. 593).
[29] Allocution
funéraire du 30 juin 1943 (P. A. Perrod, op. cit., pp. 593-594).
[30] ACP 94,
p. 217.
[31] P. A. Perrod, op.
cit., p. 592.
[32] ACP 54,
p. 106.
[33] Jules Fabre, Plaidoyers
politiques et judiciaires, Plon, 1882, t. II, p. 475 sqq. ; Le
Barreau de Paris, Delamotte, 1895, p. 439-440.
[34] Frédéric Audren,
« Émile Acollas, libertarien de la République », dans Annie Stora-Lamarre, Jean-Louis Halpérin et Frédéric Audren (sous la
dir. de), La République et son droit, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2011, p.
239-261
[35] ACP 54, p. 97.
[36] Page 94 du
compte rendu de « Camille Marbo, À travers deux siècles », Revue du Rouergue, t. XXI, n° 81,
janv.-mars 1967, p. 93-95.
[37] ACP 54, p. 124-125. Cf. la méprise de Jean-Louis Halpérin dans son Histoire du droit privé français depuis 1804 (Presses universitaires de France, 1996, p. 187).
[38] Page 326 de Geneviève
Favre, « Souvenirs sur Péguy (2) », Europe 183, 15
mars 1938, p. 319-344.
[39] ACP 54, p.
103 ; cf. ACP 65,
p. 8.
[40] C’est là qu’André Spire fit sa connaissance (FACP 40, p. 7). Cf.
M. Reclus, op. cit., p. 159, n. 2.
[41] ACP 54, p. 97 : « Je n’ai pu identifier […]
Dubrujeaud… ».
[42] Son successeur prend le poste le 13 janvier 1909.
[43] ACP 54, p. 85.
[44] ACP 54, p. 88.
[45] Péguy au porche de l’Église, Cerf, « Textes », 1997, p. 113.
[46] Inv. 22 ;
Centre Charles-Péguy d’Orléans.
[47] Voici, de lui,
plusieurs sonnets : « Les conscrits », « Le snob »,
« Le bon juge », « Tableau de famille » et « Le
pendule de Foucault », Les Annales
fléchoises et la vallée du Loir, La
Flèche, t. I, fasc. 2 et 4, janvier-juin 1903, pp. 194, 389 et 397 ;
« À M. Thirant », « Les bailleurs de fonds de madame
H*** », « Les poètes de la Nouvelle école »
et « L’Arrivé », t. II, fasc. 3 et 4, juillet-décembre
1903, pp. 168 et 224. ‒ Albert Isay est en 1899 le père de Raymond-Charles-Léon Isay, futur historien (il évoque avec sympathie
Péguy dans son article « La guerre de 1914-18 et le mouvement intellectuel
et littéraire », Revue des Deux Mondes, 1er juin 1965,
pp. 390-403). Après quinze ans de bons et loyaux au Prytanée militaire, Albert
Isay enseigna vingt ans au lycée Carnot jusqu’en 1925 et sera nommé chevalier
de la Légion d’honneur (1930).
[48] ACP
54, p. 93.
[49] ACP
66, p. 69.
[50] ACP
54, p. 121.
[51] Lui-même ami de Reclus, il classa les archives de Jules Favre.
[52] Louise Clermont, Émile Clermont, sa vie, son œuvre, Grasset,
1919, p. 86.
[53] Raïssa
Maritain, Les Grandes amitiés [1re éd. séparée :
New York, La Maison française, 1941], DDB, 1949, p. 175-178 et 203-204.
[54] ACP 54, p. 112.
[55] ACP 54,
p. 113
[56] ACP 65,
p. 17, et 66, p. 82, 86, 87, 91.
[57] Pierre Antoine Perrod, Jules Favre, avocat de la liberté, Lyon, La Manufacture, 1988, p. 591.
[58] ACP 94,
p. 284, 304.
[59] ACP 65, p. 3, 14.
[60] ACP
66, p. 69, 89.
[61] ACP
66, p. 77.
[62] ACP 54, p. 107, n. 3 et M. Reclus, op. cit., p. 144, n. 2.
[63] ACP 66, p.
89-90.
[64] G. Favre,
« Souvenirs sur Péguy (3) », Europe 184, 15 avril 1938, p. 481. Cf.
« […] dix ans de mutuelle affection, de mutuelle confiance, de
mutuelles confidences […] » (ACP 94, p. 222).
[65] Robert Burac, Charles
Péguy. La révolution et la grâce, Laffont, 1994, p. 190.
[66] Geneviève
Favre s’adressera à Péguy post mortem en ces termes (Europe 184, p. 490 : « mon pauvre Ami »).
[67] C’est par
cette expression qu’il s’adresse oralement dès 1911 à Geneviève Favre (Europe
183, p. 339 ; cf.
Europe 184, p. 488).
[68] Cette
salutation revient à la mémoire de Reclus (op. cit., p. 55) quand il
raconte comment Péguy entrait chez Geneviève à l’occasion des « déjeuners
du jeudi ».
[69] ACP 54,
p. 117, 119, 120-123, et 65, p. 3, 8…
[70] Comparer avec
ses lettres à Romain Rolland : « Monsieur » (1934), « Cher
Monsieur » (1937-1942), « mon cher ami » (1942), « cher
ami » (1942), « bien cher ami » (1943).
[71] G. Favre,
« Souvenirs sur Péguy (1) », Europe 182, 15 févr. 1938, p. 147.
[72] ACP 65,
p. 8.
[73] Europe,
p. 329.
[74] Publiée en
1912 chez Hachette, cette biographie doit beaucoup à la fréquentation et aux
archives de Geneviève Favre.
[75] Europe,
p. 340.
[76] Europe,
p. 343.
[77] Europe,
p. 330.
[78] Europe,
pp. 342-343. Cf. M. Reclus, pp. 101-104.
[79] Europe,
p. 158.
[80] Europe,
p. 155.
[81] Perrod, p.
580.
[82] C’est là
d’ailleurs le seul reproche que sa fille adressera à son père :
« n’avoir pas démissionné du gouvernement Thiers lors de la répression de
la Commune » (Perrod, op. cit., p. 592).
[83] Pages 170-171
de Lucien Mercier, « Des Réseaux lycéens ? », dans Madeleine
Rebérioux & Gilles Candar (sous la dir. de), Jaurès et les intellectuels,
Éditions de l’Atelier, 1994, p. 169-178. ‒ Raïssa
Maritain (op. cit., p. 68) rattache les débuts de sa fréquentation de
Péguy au 8, rue de la Sorbonne, occupé par la Boutique des Cahiers à
partir du 1er octobre 1901 ; au contraire, Jacques Maritain se
souvient (Carnet de notes, DDB, 1965, p. 108) : « Robert Debré
me conduit chez Péguy, rue de la Sorbonne. Il était alors chez Dick May, pas
encore dans la Boutique. »
[84] ACP 54,
p. 73.
[85] Christophe
Brun, Élisée Reclus. Une chronologie familiale
(1796-2014), tapuscrit, 2015. ‒ Maritain,
Reclus et Psichari étaient devenus amis à Henri-IV, à la rentrée de 1898.
[86] ACP 54,
p. 75.
[87] R. Burac, op.
cit., p. 229, 264.
[88] Les réticences
de Geneviève Favre sont vaincues par Péguy quand Jacques épouse Raïssa, le 26
novembre 1904 (R. Burac, op. cit., p. 214)
[89] ACP 66,
p. 68 ; R. Burac, op. cit., p. 287.
[90] ACP 65, p. 19 et 66,
p. 80.
[91] ACP 54, p. 95, 97 et 65, p. 15, 17 ; Europe 183, p. 336.
[92] ACP 66,
p. 85. ‒ La liste n’est pas close : Europe 183, p. 332.
[93] Europe
184, p. 477.
[94] R. Burac, op. cit.,
p. 307, 312 ; Reclus, op. cit.,
p. 41-42. ‒ Madame Gorius regrette Péguy dans une émouvante lettre
publiée dans Europe 184, p. 478-479.
[95] Europe 182,
p. 149 et 183, p. 339 ; ACP 65, p. 10.
[96] ACP 66,
p. 80.
[97] Europe 182,
p. 148, 154, 159-160 ; coll., Péguy au porche de l’Église, Cerf, 1997,
p. 61.
[98] R. Burac, op.
cit., p. 208.
[99] Europe 183,
p. 324-325, 493 ; R. Burac, op. cit., p. 206.
[100] Europe 183,
p. 340-341, 343-344 ; ACP 66, p. 66.
[101] ACP 54,
p. 75.
[102] R. Maritain, op.
cit., p. 93.
[103] ACP 54,
p. 90 ; ACP 65, p. 10.
[104] ACP 54,
p. 92, 94, 105 ; ACP 65, p. 22.
[105] ACP 54,
p. 99.
[106] ACP 54,
p. 81, 103 ; ACP 66, p. 85.
[107] ACP 66,
p. 79.
[108] ACP 54,
p. 96-97.
[109] Europe 182,
p. 168-169 ; ACP 54, p. 106-108.
[110] ACP 54,
p. 89.
[111] ACP 54,
p. 77.
[112] ACP 54,
p. 99.
[113] Europe 182,
p. 151-152. ‒ Même sollicitude auprès de Jeanne Garnier-Maritain quand sa
fille est opérée de l’appendicite (ACP 69, p. 59), peu après le 18
octobre 1912 (ACP 65, p. 27), ce qui explique d’ailleurs le silence de
la correspondance entre les deux amis, entre cette date et le 7 janvier 1913.
[114] Europe 183,
p. 327 (cf. p. 319) ; R. Burac, op. cit., p. 200.
[115] R. Burac, op.
cit., p. 263.
[116] Lettre de G. Favre
à Romain Rolland du 5 mars 1934 (ACP 94, p. 205).
[117] Europe
184, p. 495 ; R. Burac, op. cit., p. 300-304.
[118] R. Burac, op.
cit., p. 282.
[119] Europe 182,
p. 149.
[120] Péguy au porche de l’Église, op. cit.,
p. 29-30. – Les trois pères que Geneviève voulut pour son fils Jacques étaient
Favre, Péguy et Bergson : « Dans la pensée de sa mère en effet,
celui-ci [Maritain] avait trois modèles tout désignés : en politique
‒ son grand-père Jules Favre ; en religion (puisque religion il y
avait) ‒ Péguy ; en philosophie ‒ Bergson. La déception de la
mère de Jacques fut longue à guérir. » (R. Maritain, op. cit., p.
307).
[121] Europe 182,
p. 166-168.
[122] Jeanne Garnier-Maritain dans ACP 69, p.
59 ; M. Reclus, op. cit., p. 119-122, 177, 184.
[123] Europe 182,
p. 163-164 ; Péguy au porche de l’Église, op. cit., p.
127-143.
[125] Le 24 août
1912 Péguy confie à Geneviève Favre le bon avancement de Clio (R. Burac,
op. cit., p. 290). C’est à elle qu’il répète aussi le mot d’Henri
Charlier qui l’inquiète : « Après un tel chef-d’œuvre [Ève], on peut
mourir ! » (R. Burac, op. cit., p. 299)
[126] FACP 176,
p. 35.
[127] M. Reclus, op.
cit., p. 101.
[128] ACP 66,
p. 90.
[129] Par cette périphrase,
Geneviève Favre ne désigne-t-elle pas le Christ ? L’adjectif
« idéal » peut aussi rappeler Renan : « Quand, depuis sa
mort, on a commencé l’étrange amour d’absence et qu’on entend en
soi résonner l’écho de sa voix, on est poussé à dire que la racine de
son être s’alimentait aux sources idéales. » (Europe 184,
p. 481, avec citations en italiques de la IIIe partie d’À Domremy
dans la Jeanne d’Arc et de la Vie de Jésus, Michel Lévy, 1863, p.
165 : « L’œil clair et doux de ces âmes simples [contemporaines de
Jésus] contemplait l’univers en sa source idéale. »).
[130] Péguy lui
avait écrit : « ne me parlez point de vos cendres. non pas que je
veuille vous empêcher de penser à la mort. […] mais dans la mort c’est notre
salut qu’il faut voir, que nous faisons par des épreuves que les dévots ne
connaissent point. / la vraie résignation chrétienne n’est point une
résignation d’émoussement. c’est une résignation généralement
déchirante ».
[131] ACP 54,
p. 118-119.
[132] Après avoir
cité la lettre de Péguy du 25 septembre 1912, G. Favre fait allusion au premier
vers du poème « Automne » (André Theuriet, Jardin d’automne,
Lemerre, 1894) : « Dans la
grande forêt de pourpre et d’or vêtue, / La chanson des oiseaux en septembre
s’est tue. / Une musique ailée y vibre encor pourtant… » On reconnaît
ensuite la dédicace de la Jeanne d’Arc de 1897.
[133] ACP 65,
p. 26.
[134] Europe 184,
p. 484-485. ‒ Éveline était surnommée « Ninine » (ACP
54, p. 95).
[135] R. Maritain, op.
cit., p. 60.
[136] R. Maritain, op.
cit., p. 30-31 ; 1re éd. séparée : New York, La Maison
française, 1941.
[137] P 665.
[138] ACP 65,
p. 8.
[139] P 1736-1737.
Littéralement : « à madame Geneviève Favre // d’une ville qui nous
est commune et d’une antique / patronne en fidélité éternelle ».
[140] ACP 65,
p. 26.
[141] ACP 65,
p. 25.
[142] ACP 65,
p. 23.
[143] ACP 65,
p. 11.
[144] ACP 65,
p. 12.
[145] B 764.
[146] C 447.
[147] ACP 54,
p. 111 ; R. Burac, op. cit., p. 250.
[148] R. Burac, op.
cit., p. 305.
[149] R. Burac, op.
cit., p. 307.
[150] Manuscrit pour
partie inédit déposé au CPO ; la deuxième version de ce manuscrit
correspond au texte des « Souvenirs sur Péguy » publiés dans Europe
(vol. XLVI, n° 182, 15 février 1938, p. 145-169 et notamment p. 157-158).
[151] ACP 66,
p. 96 et 97-98.
[152] A 1403.
[153] Alessandra
Marangoni, « Péguy poeta tra Mystère e Tapisserie »,
pp. 279-281 dans Giovanna Angeli & Maria Emanuela Raffi (sous la dir. de), Meidoevo
e modernità nella letteratura francese [Moyen-Âge et modernité dans la
littérature française], Florence, Alinea, 2013, p. 271-283. La piste qui
consiste à rechercher s’il n’y aurait pas à brosser une histoire de la
tapisserie en littérature semble bonne ; dans le seul domaine antique, ne
peut-on voir se dessiner un genre à la fois humble, décousu et volubile des
Στρωματεῖς
ἱστορικοὶ καὶ
ποιητικοί en 62 voire 66 livres de
Plutarque (Catalogue de Lamprias) aux Στρωματεῖς
en sept livres (Stromata) de Clément
d’Alexandrie (André Méhat, Étude sur les Stromates de Clément
d’Alexandrie, Seuil, 1966) jusqu’aux
Στρωματεῖς en dix livres
d’Origène (Stromatum Libri X), hommage à saint Clément ?
[154] Romain
Rolland, Péguy, Albin Michel, 1944, t. II, p. 279 et abbé Joseph
Barbier, Le Vocabulaire, la syntaxe et le style des poèmes réguliers de
Charles Péguy, Berger-Levrault, 1957, p. 197.
[155] Geneviève
Favre, « Souvenirs sur Péguy.
1903-1914 », Europe, n° 184,
15 avril 1938, p. 494 ; Tharaud, Pour les fidèles de Péguy, op.
cit., p. 123 ; René Johannet, Vie et mort de Péguy, Flammarion,
1950, p. 417.
[157] Dom Jacques Dubois
& Laure Beaumont-Maillet, Sainte Geneviève de Paris, Beauchesne,
« Saints de tous les temps », 1982, pp. 138-154. Contra :
Joël Schmidt, Sainte Geneviève, Perrin, « Tempus », 2012, p.
27-28 (1re édition : 1990).
[158] Le pastiche,
annoncé dans La Vie parisienne du 14 décembre 1912, parut dans La Vie
parisienne du 11 janvier 1913 et fut repris dans la troisième série d’À
la manière de... chez Grasset en février 1913.
[159] Anecdote dans
R. Johannet, Vie et mort de Péguy, op. cit., p. 319 : « Un
jour, une brave dame était entrée aux Cahiers pour demander à Bourgeois
de voir le canevas de la Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc.
Elle se figurait que c’était le modèle d’un ouvrage à la main. » Autre
version de l’anecdote (R. Johannet, Itinéraires d’intellectuels,
Nouvelle librairie nationale, 1921, p. 111) : « Je me rappellerai
toute ma vie cette bonne dame, entrée un jour aux Cahiers, dans le
dessein d’y faire une emplette. Elle désirait La Tapisserie de sainte
Geneviève et de Jeanne d’Arc, qu’elle avait discernée à la devanture et
qu’elle prenait innocemment pour un modèle de tapisserie pieuse. »
[160] FACP
188, p. 43. ‒ Cité approximativement dans R. Johannet, Vie et mort de
Péguy, op. cit., p. 319 : « Molière, qui ne connaissait rien à
la tapisserie, a été nommé tapissier du roi, et moi qui passe mon temps à en
faire, pourquoi est-ce que je ne suis pas nommé tapissier de la
République ? »
[161] Lettre de
Péguy à Lotte en date du 19 octobre 1912 ; CPO, CORPÉGUY-V-9, inv. 342.
[162] P2
1214. ‒ Relevons que J. Barbier, fin exégète du « thème de la
vigne » d’abord « dans la Bible » puis « chez
Péguy », avait bien raison de mentionner l’histoire de Naboth dans sa Prière
chrétienne à travers l’œuvre de Charles Péguy (Éditions de l’École, 1959, p.
38-40).
[163] Tiercé en
fasce, le chef d’azur chargé d’une colombe d’argent tenant un rameau de
sinople, la fasce de gueules chargée d’une clef d’or, la champagne contrepalée
d’azur et d’argent.
[164] Cf. ACP
69, p. 58 et M. Reclus, op. cit., p. 78-79. C’est apparemment avec
mesdames Henriette Mirabaud (ou Marie Maillard ?) et Juliette Siegfried que
Geneviève Favre participait à une œuvre féminine chrétienne.
[165] Cette allusion
trop transparente à Charlotte Péguy, la femme du ménage Péguy, poussa-t-elle
Péguy à laisser inédits ces quatrains ? Nous le croyons volontiers,
surtout si l’on y ajoute plus loin « divorcé », « pour
faire un vin clairet dans un pauvre ménage », ou « avaient
fait un enfer de ce pauvre ménage ».
[166] Mot de lecture
très difficile.
[167] 1re
main : « et », gratté.
[168] L’expression
plut tant à Péguy qu’il la reprit dans la Tapisserie de Notre Dame (v.
3, P2 1139 ; je souligne) : « Étoile de la mer
voici la lourde nappe / Et la profonde houle et l’océan des blés /
Et la mouvante écume et nos greniers comblés […] ».
[169] Le premier
brevet pris en France pour le battage mécanique du grain remonte à 1794 ;
les premières machines à battre s’appelaient des « batteurs » ;
le féminin apparut selon nos relevés en 1816. ‒ Le thème de la moisson (cf.
ci-après, v. 1533) est néotestamentaire, mais en Ap XIV-14-16 c’est
toute la terre qui est moissonnée : il n’est ni question de dîme, ni de
moitié.
[170] Même
expression au vers 1176, pour désigner le Nouveau Testament, par
opposition au « premier témoignage » (voir plus loin, v. 1204
et 1220). ‒ Les quatre quatrains suivants sont les seuls du poème à
utiliser d’autres rimes embrassantes que -age. La rime en -on(s)
du jour IX trouve ici sa source.
[172] Péguy au
porche de l’Église, p. 133. C’est bien entendu à Maritain qu’il faut
attribuer la précision indignée « de ce fils mort sans baptême ».