Lettres pour toutes circonstances. Les traités épistolaires du Pseudo-Libanios et du Pseudo-Démétrios de Phalère, édition Pierre-Louis Malosse, Les Belles Lettres, « La roue à livres », 108 p., 11 €

 

Les deux textes présentés ici sont pour la première fois traduits en français ; l’introduction, les commentaires et les notes les éclairent, entendant montrer qu’ils sont d’actualité. Les « savoir-écrire » ne se seront vendus, certes, jamais aussi bien qu’à notre époque où la correspondance électronique bouleverse nos habitudes épistolaires ; mais cet argument de vente invoqué par l’éditeur ne convainc guère : les deux rhéteurs – on ne sait qui, on ne sait trop quand – se contentent d’énumérer diverses catégories de lettres et de les illustrer d’exemples écrits ad hoc ; en cela, ils répondent davantage aux attentes du public cultivé de leur époque. C’est d’ailleurs le charme de ces lettres, abstraites mais voulues plausibles, que de nous faire entrer dans des correspondances de l’Antiquité qui, utilitaires, dévoilent l’intemporelle comédie des mœurs et témoignent du style didactique et sec du rhéteur, tantôt énumératif comme les meilleurs modernistes du XXe siècle (abondent les tranquilles définitions du type : « La lettre insultante dans laquelle nous insultons quelqu’un pour quelque raison. »), tantôt convenu comme la lettre d’information (« Une grande catastrophe est arrivée à la cité où j’habite actuellement. La guerre civile, en effet, s’en étant emparée, la plus grande partie en a été détruite et elle ne diffère en rien du désert de Scythie. »), tantôt étrangement flou (« Tu m’as écrit pour t’informer de la présence chez moi d’Untel. Eh bien, il est encore là et il dit qu’il restera à attendre ton arrivée. »).

 

Romain Vaissermann