Joseph Vaillé, Violence, illettrisme : la faute
à l’école, Les Éditions de Paris, 2001, 160 pp. – 14 €
Ce violent réquisitoire, convaincu et souvent convaincant, s’appuie sur le précédent ouvrage pour déplorer d’un même souffle les méthodes pédagogiques pratiquées dès la maternelle et leur incitation indirecte à la violence ; car l’enfant, rendu par lesdites méthodes « incapable de comprendre et d’exprimer ses émotions, perd la maîtrise de soi ». S’appuyant sur un solide bon sens et sa longue expérience de formateur, l’auteur dresse un tableau à la fois tragique et comique de l’enseignement primaire contemporain. Même s’il se veut plein d’espoir et confiant dans la possibilité de corriger les errements passés et présents de la méthode globale d’apprentissage de la lecture, il nous décrit par le menu les ravages psychologiques du formalisme grammatical (ah, les temps verbaux réduits à trois, les pronoms personnels séparés de ce qu’il désigne dans leur contexte, le sacro-saint « schéma actanciel ») auquel sont soumis les écoliers, raconte de tristes anecdotes, entre dans des considérations philosophiques qui nous emportent au fil de ce petit volume. L’ennemi, c’est le pédagogisme et c’est cette lecture globale, silencieuse, et rapide, voire prédictive – parée de tous les qualificatifs cachant une réelle incompréhension. Les dégâts, ce sont une mémoire mal entraînée, une culture au rabais (et non plus littéraire), un apprentissage dirigiste. Nous échapperons peut-être au pire : à un enseignement qui privilégie à l’inné l’acquis, aux « cerveaux gauches » trop indépendants les individus visuels et soumis. |
Romain Vaissermann