Violette, Jeanne messie de France, Godefroy de Bouillon, 2006, 22 €, 213 pages.

 

Après des études littéraires, ayant reçu une formation de secrétaire bureautique polyvalente, Violette d’Orléans, puisque tel est son nom en littérature, travailla comme assistante de direction. Se définissant volontiers, aujourd’hui, comme une écrivaine orléanaise passionnée d’écriture et de livres, elle a déjà publié plusieurs ouvrages : certains sont des albums interactifs pour enfants, d’autres tiennent de la méditation lyrique, du dialogue intérieur, de la prière, dont un dialectique Serment d’Hypocrite plein d’humour sur les difficultueux rapports entre médecin et patient[1]. On peut même s’étonner que ce ne soit que récemment qu’elle établit son hagiographie personnelle de la Pucelle. Ancien député de la Seine-Maritime et Maire de Rouen, Pierre Albertini résume ainsi le propos de l’auteur, sur son bloc-notes à la date du 8 septembre 2007, dans ce qui semble bien être le premier compte rendu de l’ouvrage :

 

Passionné par Jeanne d’Arc, je suis entré dans votre livre avec curiosité. Vous avez choisi, c’est tout à votre honneur, un prisme particulier, en imaginant ce que pouvait penser Jeanne, en cette nuit de Noël 1430, dans sa prison rouennaise. C’est une interprétation libre de ses rapports avec Dieu et, au-delà de Lui, avec l’Église du temps. Ce monologue éclaire la personnalité de Jeanne, j’ose écrire son humanité, bien qu’il s’agisse d’une sainte.[2]

 

Jeanne messie de France se présente comme un roman historique consacré à notre héroïne nationale, et l’auteur comme une romancière. La qualification est singulière, car, si les silences de l’Histoire sont certes comblés par des pensées et des paroles qui confinent parfois au style indirect libre, rien de l’Histoire n’est oublié ni déformé[3]. D’ailleurs, les premières pages définissent fermement le cadre historique et même chronologique de l’évocation qui suivra. Approchée avec tous les élans du cœur, la Pucelle ne présente certes pas un cas pathologique mais une psychologie exceptionnelle. Elle nous apparaît en actes et discours, mais cette fois-ci vue de l’intérieur, comme en négatif, là où les biographies habituelles présentaient l’image positive de la Libératrice. Description ? Récit ? Le propos est en réalité fluctuant, semblant venir au fil de la plume. Le saisir n’est donc pas toujours aisé et la grammaire française subit là des inflexions que le correcteur d’un grand éditeur aurait à coup sûr rétablies suivant la norme, presque à chaque phrase. Voici un passage qui permettra au lecteur de se faire une idée du style très personnel de ce récit mystique voyant en Jeanne une personnalité double (pp. 134-135) :

 

« Captive » est un terme inapproprié à sa conception de vivre. Ne proclame-t-elle pas haut et fort la délivrance, planche de salut universel, lorsque chaque manifestation négative du destin lui procure la vaillance de l’emportement contre toutes formes d’injustice ?

Elle repense au discours formulé auprès du dauphin et de sa cour médusée par l’expression de ce qu’elle ne considère pas comme une sagesse, puisque dictée de l’Au-delà, mais comme une arme de défense pour convaincre une assemblée, réfractaire à la voix d’En Haut : le refus de l’anéantissement de l’être aux prises avec une iniquité de fait.

Elle s’étonne encore de ce calme olympien affiché devant autrui, alors qu’elle reste en pleine ébullition mentale, sans toutefois endurer les assauts de la détresse.

« Étrange » correspond à cette personnalité en pleine mutation ! Heureusement, l’image est saine et sauve, le reste demeurant à caractère personnel.

Craignant de ne plus être maîtresse d’elle-même face à l’adversité, elle a décidé de faire bloc contre ses remous internes par une prière constante. Surprise : elle a réussi à enterrer sa frayeur grâce au soutien maternel du Ciel.

 

Aux antipodes du style universitaire, l’ouvrage, d’une mise en page et d’une reliure soignées, plaira aux johannistes sentimentaux peu soucieux d’orthodoxie théologique ou d’objectivité.

 

Romain Vaissermann

 



[1] Recension anonyme dans Une œuvre, une émotion, Orléans, Bibliothèque départementale du Loiret, 2007, p. 5.

[2] Commentaires sur la page www.capidees.net/blog/index.php/2007/08/06/ Cf. le « vient de paraître » du 21 août 2007 dans la Gazette d’Orléans (www.gazettedorleans.fr/spip.php?article7).

[3] Sauf peut-être en un passage obscur quand à la naissance de Jeanne, qui « eut une enfance heureuse alors qu’elle n’était qu’une pièce récupérée de circonstances complexes auprès des siens » (p. 135).