Première dictée de l'É.N.S. (27 avril 1998)

Prosopopée de l'École normale supérieure

- Cher pupille de l'Éducation nationale, vos aïeux, que mes Ernest ont parfois vu bizuter, étaient également tout stupéfaits, leur baignade finie, devant maintes fleurs, dont pieds-d'alouette ou reines-marguerites semblaient les plus épanouies. Pourtant, parmi mes quelque quatre-vingts plantes (dussé-je assener là une exagération), j'avouerai préférer les nèfles sucrées à ces pétales, que l'Éternel a créés - ici en tout cas - immarcescibles.

Oui, mon bon ami : vos ancêtres vivaient en mon sein tout à fait heureux, sans plus aucuns frais. De nos jours, quels que soient les années de bachotage qu'elles ont vécues et les sacrifices vaillamment consentis, de jeunes filles même, s'étant défiées puis ri du concours, fleurissent par mes allées. Mais madame de Romilly pouvait déjà, tels les Pasteur ou Bourbaki, parcourir en tous sens ma bibliothèque aux mille cotes. Ce dernier, mathématicien hors pair, vit toujours ; le second décédera en mil huit cent quatre-vingt-quinze ; l'autre, férue d'Antiquité, appartient aux immortels.

Par bonheur, tous ne s'en sont pas allés. Car nous-même sommes fière de certain bassin, vôtre aujourd'hui, qui offre un bain de jouvence ; et les poissons pourpres y zigzaguant ont dû boire notre eau-de-vie, pour paraître enivrés et combatifs à ce point-là.

Dans notre éden étudient le rimailleur comme les brise-raison ; tous suivent tout oreilles leurs cours vivifiants. Ce serait donc pain bénit que les normaliens, pour qui étudierait quelquefois la sénescence chez Homo sapiens et conclurait qu'en ces lieux, pour parler crûment, « on vit plus jeune » !

Variantes acceptées

bizuther au lieu de bizuter
asséner au lieu de assener
mille huit cent quatre-vingt-quinze au lieu de mil huit cent quatre-vingt-quinze
Immortels au lieu de immortels
on vit plus jeunes au lieu on vit plus jeune